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Corcuff, Philippe

sociologue et politiste

Philippe Corcuff - Trois conférences à l'UP Nîmes (2009)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: partial (transcription automatique très fortement déformée : noms d'auteurs, titres, chiffres et de nombreuses phrases sont altérés, et une partie du texte est répétée ; la synthèse s'en tient aux thèses dont la ligne d'argumentation est lisible et laisse de côté les noms et citations incertains ; les extraits ci-dessous sont des reconstitutions prudentes à partir des sous-titres déformés)

Core ideas

Corcuff annonce un cycle sur le sens de l'existence individuelle et collective et sur la « crise du sens » dans les sociétés contemporaines : une première séance sociologique, une deuxième consacrée à un matériau littéraire (le roman noir américain), une troisième qui explore la possibilité d'une spiritualité non religieuse. Il distingue le registre sociologique du registre philosophique et littéraire, mais pense l'analogie et le dialogue entre eux. Pour situer sa position, il discute la partition classique tradition / modernité (la tradition étant une notion historiquement fausse mais commode) et les lectures contemporaines : une « seconde modernité » ou « modernité tardive » qui approfondit la modernité (avec une société du risque), contre une « postmodernité » qui en sortirait (la fin des grands récits chez Lyotard en 1979, la simulation chez Baudrillard). Sa thèse sociologique est qu'il y a bien des éléments d'approfondissement de la modernité et d'autres qui s'en écartent, sans basculement radical ; sa position philosophique, une recomposition des valeurs des Lumières qui ne rejette pas unilatéralement ce qui vient de la tradition. Il reprend l'idée d'une société « fragilisée » développée dans son livre de 2002 « La société de verre : pour une éthique de la fragilité » : incertitudes sur l'avenir, désillusions à l'égard des promesses politiques, quête d'identité (« qui suis-je, qui sommes-nous ? »).

Dans la première séance, il retient deux traits du contexte : l'individualisme contemporain et le capitalisme. Les lectures critiques de l'individualisme (Christopher Lasch sur le narcissisme, Richard Sennett sur les « tyrannies de l'intimité », Alain Ehrenberg sur « La fatigue d'être soi » et la dépression, avec le passage d'une norme d'identité dans les années 1970 à une norme de performance dans les années 1980) insistent sur ses effets négatifs ; les lectures compréhensives insistent sur ses apports : réflexivité, distanciation par rapport aux rôles, émancipation des femmes et des homosexuels, « nouveaux espaces d'autonomie personnelle » dans la famille (François de Singly), avec des tensions comme la relation extraconjugale. Il propose de tenir ensemble ces deux lectures et d'en comprendre les ambivalences. Côté capitalisme, il définit la dynamique d'accumulation du capital par l'exploitation du travail, la propriété privée des moyens de production et la marchandisation, et propose, dans une inspiration marxienne, une contradiction du capitalisme : il stimule l'individualisation (désir d'être soi, reconnaissance, authenticité, consommation différenciée, management qui sollicite l'implication personnelle, d'après Boltanski et Chiapello) mais ne peut satisfaire ces aspirations que de manière réductrice, d'où frustrations et « intimités blessées » (il évoque les suicides liés à la pression managériale à France Télécom, et la théorie de la reconnaissance d'Axel Honneth). Il insiste toutefois sur le fait que les individus ne sont pas seulement écrasés : ils développent des capacités critiques et imaginaires, des images d'un ailleurs, qui peuvent servir de points d'appui à une mise en cause du capitalisme. La séance se conclut sur cinq éléments : accroissement de l'incertitude, ambivalence des effets (exemple de la canicule et de la fragilité de l'isolement familial), contrainte capitaliste à la fois stimulante et frustrante, formes de stabilité relatives nouvelles et capacités critiques.

La deuxième séance part du roman noir américain, qui exprime selon lui un désenchantement : les anti-héros sont individualistes et solitaires, la noirceur n'est pas dépourvue d'ironie, la quête existentielle de sens est toujours mêlée à une réalité sociale (déchéance, rapports de classe, fatalité sociale), sans que l'une des couches soit réductible à l'autre. Il s'appuie sur plusieurs auteurs dont David Goodis, et, selon les sous-titres, sur James Lee Burke et son personnage Dave Robicheaux, et sur un essai de Claudio Magris sur utopie et désenchantement (les noms et titres sont fortement déformés). Face au brouillage du sens, il décrit deux tentations : le retour à l'absolu religieux (par les Alcooliques anonymes, une morale chrétienne) et la séduction du vide, jusqu'au suicide ; puis une troisième possibilité, le « peut-être » : des instants d'éternité fragiles (un baiser dans une scène finale) sans absolu, qui ouvrent à une spiritualité non religieuse. La troisième séance est mal lisible dans le transcript, mais on y distingue l'association du tragique et de l'utopique, reprise de Clément Rosset (le tragique n'est pas masqué par l'illusion d'un monde meilleur) et de Merleau-Ponty (« Humanisme et terreur », 1947 : la contingence de l'histoire humaine rend compte à la fois de sa composante tragique et de sa composante utopique) sur une tonalité mélancolique plutôt que sur les « lendemains qui chantent ».

Excerpts

“« Les incertitudes quant à l'avenir [...] les désillusions quant aux promesses de la vie, comme les déceptions à l'égard des politiques qui annoncent un monde meilleur, [...] : qui suis-je, qui sommes-nous ? La quête d'identité. »”

“« Il fait naître ces aspirations, la réalisation de soi, la reconnaissance personnelle, mais il ne peut les satisfaire que de manière très réductrice [...] et donc ils provoquent souvent la frustration. »”

“« La contingence de l'histoire humaine, son imprévisibilité, rend compte tout à la fois de sa composante tragique et de sa composante utopique, qu'on ne pourrait pas choisir : elles sont indissociablement ensemble. »”