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Le Bras, Hervé

démographe, directeur d'études à l'EHESS

Hervé Le Bras - Entretien (Gilets jaunes cartographie d’une mobilisation)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (une émission d'environ cinquante minutes ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres, quelques chiffres et les témoignages ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

Une cartographie impossible ? « Un phénomène à l'état naissant ». Le Bras explique qu'il a dessiné une carte de la mobilisation de la veille mais qu'elle est « peu claire » : le mouvement est à l'état naissant, il ne s'est pas encore « coagulé » dans les partitions connues de la France, et chaque lieu est marqué par quelques meneurs aux revendications particulières. Une cartographie sérieuse exigerait environ cinquante mille observations ; les témoignages isolés ne peuvent généraliser. Il compare avec la carte des conventionnels qui votèrent la mort de Louis XVI (aussi décevante) et avec 1789 et mai 68 : ici, pas de logique régionale comparable, et les étudiants sont peu présents, car ils vivent dans les grandes villes où les services publics réduisent leurs problèmes de déplacement.

Ruralité, périurbain, voiture. Les témoignages recueillis (région lyonnaise, Picardie) évoquent le prix du plein, le chauffage au bois, des budgets familiaux à 1 000 euros et des salariés qui ne s'en sortent pas. Pierre-Jean Pluvy (France Bleu Drôme-Ardèche) décrit des barrages filtrants et des profils très divers (un boulanger qui « n'y arrive plus », un salarié à 595 euros), et estime que la ruralité est « majoritairement subie » (chômage élevé, transports en commun réduits). Thibault Maisonneuve (France Bleu Provence) rappelle que la métropole Aix-Marseille est la plus embouteillée de France et que la voiture y est une « vertu cardinale ». Sylvie Bassal (France Bleu Champagne-Ardenne) décrit des blocages de ronds-points près des zones commerciales, des blessés légers et une peur d'être déclassé. Le Bras distingue dans le périurbain une part de choix (le pavillon) et une part de contrainte (prix du logement central), et note le vote d'extrême droite plus fort dans les petites communes sans services et un « sentiment d'abandon » plus marqué au Nord-Est, sur le pourtour méditerranéen et dans la vallée de la Garonne, bien que la colère existe aussi dans l'Ouest plus prospère.

Fiscalité, services publics, logement. Il souligne un « double bind » : on ne peut pas demander à la fois plus de services publics et une baisse des impôts. Il évoque les inégalités fiscales et le sentiment d'injustice lié à la suppression de l'ISF (et à la théorie du ruissellement), tout en jugeant le système fiscal « horriblement compliqué ». Il reprend l'idée de Jacques Lévy d'« assignation à résidence » : la propriété immobilière, encouragée en France, est « un obstacle à la mobilité » (les pays européens où l'on loue davantage ont moins de chômage), et il rappelle que les HLM étaient nés pour loger les jeunes couples près des industries.

Suite du mouvement. Les journalistes de France Bleu évoquent un mouvement spontané, sans syndicat ni association, avec des appels à reprendre sur les péages et à mobiliser routiers et agriculteurs (la fédération des transporteurs n'a pas de mot d'ordre). Le Bras, se disant aussi historien, estime que le mouvement risque d'être « un feu de paille », comme « Chasse, pêche, nature, tradition » en 2002 ou Nuit debout, faute de structuration.

Excerpts

“« C'est un phénomène qui est à l'état naissant. »”

“« On ne peut pas demander à la fois des services publics et une baisse des impôts. »”

“« La propriété est un obstacle à la mobilité. »”