Tesson, Sylvain
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres ; les passages incertains sont omis ; le feuilleton final n'est pas résumé)
Core ideas
L'émission part du plaisir de la solitude choisie, distincte de la solitude imposée par l'isolement social. Tesson se dit à la fois individualiste et anarchiste : l'individualisme n'est pas pour lui un repli racorni ni une misanthropie, mais la volonté de frayer sa route le plus librement possible en s'imposant de ne pas nuire aux autres ; l'anarchie apporte la fête, l'appétit du monde, portés par une certaine mélancolie, car on finit par tourner le dos à la société. Il cite la phrase de Knut Hamsun en exergue de son livre : « J'appartiens aux forêts et à la solitude », belle définition de ceux qui un jour tirent le rideau, ferment la porte et s'enfoncent dans le silence des forêts, que l'on peut voir comme curatif pour dépasser une blessure, à condition que le repli soit choisi. Il raconte avoir passé six mois dans une cabane au bord du lac Baïkal, retraite très relative (visites de voisins, d'un garde forestier, d'amis) mais à six jours de marche d'un village ; l'idée lui est venue après qu'il a entendu, au bord du Baïkal, le « O Solitude » de Purcell, musique qui a fait remonter une tristesse enfouie et l'a conduit à cette décision.
Il explique que cette tentation de la retraite (désert, forêts, monastères, chemin de Compostelle) lui semble ancienne, commune, banale, et qu'elle vise aussi à disparaître des écrans de contrôle : les appareils numériques, présentés comme libérateurs, sont des entraves, des « bracelets électroniques » qui « bouffent le temps », notre seul trésor, la seule égalité entre les hommes étant les vingt-quatre heures de chaque jour. Il revendique la fuite comme belle motivation de voyage (les chevaux, les herbivores, certains danseurs et arts martiaux, la fuite d'une vie urbaine médiocre, de l'angoisse, du temps qui passe trop vite), que les voyageurs refusent toujours d’avouer (lui-même répond « c’est la fuite » à ses amis étonnés de ses escalades quotidiennes à Chamonix) : on ne sait pas toujours ce que l’on fuit. Il définit le silence comme une expérience de l'absence d'altérité et de rapport apaisé au temps : fermer son agenda, qui découpe le temps comme on tranche un cornichon, rétablit un rapport de flux, « courant fluvial » qui vous traverse. Il admet que le silence est mortifère pour ceux qui n'ont plus d'interlocuteur dans les villes, mais distingue la solitude subie de la solitude choisie (les éleveurs mongols en yourte ne se sentent pas seuls).
Il raconte qu'il avait emporté une petite centaine de livres (Thoreau, Whitman, Schopenhauer, Casanova...), qui adoucissent la « morsure de la solitude » (« un livre est un vrai ami : on peut lui couper la parole, il ne vous le reprochera jamais ») et qu'il n'a pas dépassé quelques pages de « Le Monde comme volonté et comme représentation », resté pour lui un « monument » qui a fini en socle de bougeoir. Il décrit la « fièvre des cabanes », cette démission de la volonté, avec l'alcoolisme et l'asthénie chez des Russes isolés, et sa parade : une discipline de deux plages par jour, le matin à la lecture, la poésie, la méditation, le cigare, l'après-midi à l'extérieur (nager, marcher, pêcher). Le présentateur conclut que « la Terre n'a pas rendu ses derniers secrets », d'où le mot « explorateur ».
Excerpts
“« Il faut prendre l'individualisme non pas comme le repli racorni sur soi, auquel peut s'ajouter parfois une misanthropie, mais comme la volonté d'essayer de frayer sa route le plus librement possible, mais avec toujours la nécessité de ne pas nuire aux autres. »”
“« Quand vous fermez votre agenda, qui est l'instrument ultime de coercition du temps, puisque l'agenda sert à découper le temps en tranches, exactement comme quand vous coupez un cornichon avec un couteau bien acéré en minuscules tranches, vous rétablissez avec le temps un rapport beaucoup plus simple : le rapport du flux, du courant fluvial qui vous traverse. »”
“« La fuite, c'est beau : c'est ce que font les chevaux, c'est ce que font les herbivores. Et il y a des choses de beau dans la fuite : certains danseurs utilisent la fuite, certains pratiquants d'arts martiaux utilisent la fuite. »”