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Camus, Renaud

écrivain, romancier, essayiste et diariste

Renaud Camus & Antoine Compagnon - Séminaire au Collège de France : Graphobie not Graphophobie

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres et les citations ; les passages incertains sont omis ou reformulés prudemment)

Core ideas

Compagnon introduit Camus comme romancier venu du nouveau roman et de la modernité expérimentale, puis diariste le plus constant de la littérature française contemporaine (un volume de journal publié presque chaque année depuis près de trente-cinq ans), et auteur d'essais sur la langue et la société, de livres de voyage et de livres sur la géographie et les maisons d'écrivains. Camus commence en annonçant un exercice difficile pour lui : il dit appartenir aux écrivains qui écrivent « parce qu'ils parlent mal », sujet à des « absences » et à la perte du fil, qui prépare d'habitude ses interventions avec des notes (ou entièrement, comme pour le petit livre « Syntaxe » à la Sorbonne), mais qui a choisi cette fois de ne rien préparer, au risque du « naufrage ».

Ce danger de naufrage est selon lui central à son travail : la difficulté de « trouver la suite ». À un colloque sur la complexité, il a compris que la sienne procède non d'un excès d'idées mais d'un manque, d'une difficulté à retrouver le lien entre des éléments aperçus (en rêve, dans l'insomnie) puis perdus. Écrire, c'est pour lui « non pas enchaîner les idées mais trouver des liens », comme un naufragé qui aperçoit une planche de salut ou une île lointaine ; ce naufrage peut être agréable, voire voluptueux (il cite un vers de Leopardi sur la douceur de se noyer dans cette mer). Il illustre sa « recherche des passages » par deux passages de Proust : celui, accidentel et comique, où il est question de La Pérouse dans une conversation mondaine avec Swann (le simple fait qu'une rue porte son nom évoque pour Swann Odette, qui y habite) et la phrase du père sur l'« ensemble de mesures » dont l'imminente introduction effraie le narrateur (« tout se tient »). Il rappelle aussi que la recherche des passages (navigation) anime les explorateurs, dont La Pérouse, parti en 1788.

Son titre, « Graphobie, not graphophobie », oppose deux termes. Camus dit être gravement « graphomane », rongé par un sentiment de trop peu de réalité (ou plutôt par un excès du pensable, du lisible, du connaissable devant lequel l'intelligence est démunie, comme une termite dans une bibliothèque), qui explique son journal quasi compulsif, destiné à garder ce qui est écrit et à structurer sa vie. La « graphobie » serait le fantasme, l'utopie selon laquelle la vie serait entièrement soumise à l'écriture et placée « sous l'instance de la lettre » : le contraire de la biographie, qui écrit une vie préalablement vécue. Il cite l'exemple de Jean Ricardou et ses choix d'adresses selon des motifs de lettre. Il conclut sur la syntaxe, non seulement outil du discours mais instrument de perception du réel : sans syntaxe ni vocabulaire, on ne voit pas, car l'œil est « très bête » et ne voit que ce qu'il a des mots pour nommer, d'où la gravité de la crise de la syntaxe.

Excerpts

“« Écrire, pour moi, ce serait non pas enchaîner les idées mais trouver des liens. [...] Je suis comme un naufragé qui aperçoit soit une planche de salut, soit une île dans le lointain, et qui essaie de la rejoindre. »”

“« La biographie, c'est le fait d'écrire une vie qui a préalablement été vécue. [...] La graphobie serait ce fantasme, cette utopie selon laquelle la vie serait entièrement soumise à l'écriture, tenue par l'écriture, placée tout entière sous l'instance de la lettre. »”

“« J'ai toujours conçu la syntaxe non seulement comme l'instrument du discours mais comme un instrument de perception même du réel. [...] J'ai toujours été persuadé que l'œil était très bête et ne voyait que ce qu'il avait des mots pour nommer. »”