Muxel, Anne
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (un entretien d'environ vingt-cinq minutes avec extraits du documentaire, d'un film et d'un discours de François Hollande ; transcription automatique par endroits déformée ; les passages incertains sont omis)
Core ideas
La famille comme creuset de l'identité politique. À l'occasion des repas de fin d'année, Muxel explique que c'est en famille que l'on parle le plus de politique (même si ce n'est pas forcément le premier sujet). Du point de vue de l'orientation gauche-droite, la continuité domine : environ les deux tiers des Français disent s'inscrire dans la continuité idéologique des choix de leurs parents, proportion stable dans le temps ; les ruptures ouvertes (10 à 15 % des Français se déclarent d'un camp opposé à celui de leurs parents, davantage de la droite vers la gauche que l'inverse) sont minoritaires, même si ce sont elles qu'on retient. La transmission ne se limite pas à une étiquette : elle passe par l'exemple des parents (aller voter, manifester), par des valeurs (le documentaire montre une jeune femme à qui sa mère avait interdit les chaussures Nike) et par l'affectif, c'est-à-dire par les réactions quotidiennes des parents devant la télévision et leurs préférences. Elle note aussi la transmission du « métier politique » par les dynasties (Kennedy, la famille Le Pen) et celle de la disposition au militantisme dans les familles de militants.
Mères, pères, ruptures et silences. Muxel observe que les pères transmettent surtout le discours et la parole politiques, tandis que les mères, par la relation affective et la présence au quotidien, transmettent davantage les choix : lorsqu'il faut choisir un candidat, ce sont souvent les références maternelles qui sont mobilisées (elle commente le cas de François Hollande, dont le discours du Bourget, extrait diffusé, évoque une mère généreuse et un père conservateur). L'opposition aux parents peut aussi être une construction de soi, mais la marque de désaccord prend souvent la forme du silence : le tabou (« on ne parle pas de politique ») sert à préserver l'équilibre affectif, surtout lors des repas ritualisés. Les convictions étant ce qu'il y a de plus enfoui dans l'identité, certains couples ou familles supportent mal le désaccord. Les « transclasses » (personnes qui changent de milieu social) peuvent changer de regard politique, mais le rapport à la politique reste « assez constant » au cours de la vie, avec des fluctuations liées à l'expérience, aux contextes et à l'offre électorale ; la politique s'est « dédramatisée » dans les familles, sauf sur quelques sujets qui fâchent (l'extrême droite, le conflit israélo-palestinien).
Le couple et les sites de rencontres. Environ trois quarts des Français seraient du même bord politique que leur conjoint ; le couple est le lieu où l'on parle le plus de politique et où l'on dit le plus son vote. Le reportage d'Antoine d'Hulster évoque des sites de rencontre fondés sur les affinités politiques (droite-rencontre.com et gauche-rencontre.com en 2010, sans grand succès ; un groupe Facebook « Insoumis Love » ; des groupes « adopte un gilet jaune »), tandis que Renée Greusard rappelle, avec les sociologues, la « diagonale du coup de foudre » : l'amour se fait au sein d'un même milieu social, culturel et politique, et la politique transparaît aussi dans les vêtements, les goûts musicaux ou les intérêts sur les applications classiques (elle cite des rendez-vous ratés pour cause de désaccord sur le sionisme ou le féminisme). Muxel confirme : dans un quart des couples, les choix divergent, avec des arrangements variés (admettre la différence comme « intimité démocratique », se disputer de façon ritualisée devant les informations, choisir le silence). Une majorité de Français préfèrent discuter avec quelqu'un qui partage leurs opinions ; les plus politisés acceptent plus volontiers la divergence (par goût de la polémique et de la persuasion). Selon ses enquêtes (et un sondage Opinionway), les personnes de gauche acceptent plus difficilement la divergence politique chez leur conjoint, ce qu'elle explique par une culture politique tournée vers la transformation sociale et le collectif, alors que celle de droite accorderait plus d'importance à l'individu et à la liberté d'opinion.
Excerpts
“« On a les deux tiers des Français qui aujourd'hui se disent s'inscrire dans la continuité idéologique des choix de leurs parents. Ça reste massif. »”
“« C'est de façon assez stable entre 10 et 15 % des Français qui peuvent se déclarer d'un camp politique opposé à celui de leurs parents. »”
“« Les convictions, c'est ce qu'il y a de plus enfoui, de plus au cœur de l'identité de chacun. »”