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Beigbeder, Frédéric

écrivain, critique littéraire, animateur

Frédéric Beigbeder - Entretien (Le Tête-à-tête)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

Taddeï présente Beigbeder comme un auteur qui divise (huit romans, le premier à 25 ans en 1990, le succès dix ans plus tard) et lui demande s'il souffre d'agacer. Beigbeder répond que cela l'a fait souffrir et qu'il s'en moque aujourd'hui, assume d'être « léger, futile, frivole » et d'avoir fait de sa vie une matière romanesque, que la lecture de Simenon et « Un roman français » (2009) ont rendu plus apaisé et plus honnête, et qu'il a été confondu avec ses personnages de noceurs depuis ses débuts de chroniqueur mondain. Il parle de l'écriture comme d'un « labeur besogneux » qu'il repousse, d'une décision de vivre moins confortablement, et de son goût pour les écrivains qui ont flirté avec les limites ou se sont suicidés (Édouard Levé), qu'il aime aussi pour la vie de leur auteur, mais il revendique la légèreté comme une qualité : un roman réussi confronte légèreté et gravité, comme « Windows on the World » où le restaurant du World Trade Center était un lieu de légèreté (caïpirinha, soirées latinos) visé par l'attentat du 11 septembre. Il dit que, selon lui, c'est la littérature qui gagne à la fin : on a oublié les ministres d'il y a quarante ans mais on se souvient des écrivains.

Il évoque sa vie en deux temps, solitaire le jour (docteur Jekyll) et fêtard la nuit (Mister Hyde), sa propension au plaisir dans une société de « dictature hédoniste » où l'on interdit tabac, drogue et alcool au volant tout en prétendant vivre dans un monde post-soixante-huitard, ses personnages que l'excès de liberté angoisse et qui cherchent le plaisir faute de trouver le bonheur ; sur la drogue, il parle de fuite, d'insatisfaction et d'illusion de confiance pour les timides, sans en faire l'éloge. À la question de savoir s'il écrit pour être aimé, il répond que c'est « plus pour avoir des bisous de jolies filles », qu'il cherche à dire quelque chose que personne n'a dit et que ce qui le dérangerait, c'est de ne déranger personne. Parmi ses livres, il garderait « L'amour dure trois ans » (court, simple, « carnet de notes » d'un divorce, dont il a réalisé l'adaptation avec Gaspard Proust et Louise Bourgoin) ; il cite comme proches les hussards (Blondin, Nimier, Laurent, Déon), Modiano, Bernard Frank, les Américains (McInerney, Ellis, Wolfe), Colette et surtout Françoise Sagan (goût des phrases simples, peur de l'ennui).

Sur la célébrité, il dit qu'elle n'a pour lui « que des avantages » mais qu'elle réduit à des traits caricaturaux ; il se dit convaincu de l'existence de la lutte des classes (il avait fait campagne pour Robert Hue), se sait privilégié (jury du prix de Flore, critique), et défend les clichés dans ses romans (« Au secours pardon », sur un Français à Moscou). Il raconte son échec comme animateur de « Nulle part ailleurs » à la suite de Philippe Gildas (trois mois « horribles », comparé à être « mis en examen » : on critique plus volontiers les ministres et les animateurs de grandes émissions), et son émission littéraire sur Paris Première, dont celle qu'il présenta nu avec son public, sur la subversion, avec Guillaume Dustan et Noël Godin ; il se dit « poids mi-lourd » plutôt que semi-welter depuis ses succès, et prépare un roman sur la fin des années 1980, avant le téléphone portable. Il confie enfin que vieillir le rend moins fougueux, qu'il joue désormais avec des idées plutôt qu'avec des mots, et que la jeune génération est vive mais moins curieuse du passé, ce qui explique en partie son livre.

Excerpts

“« Je ne conçois pas qu'on puisse s'asseoir devant une page blanche sans une extrême urgence. D'ailleurs je le fais pas souvent, j'ai tendance à chercher toutes les excuses avant de me mettre au travail, et je comprends pas les gens qui disent qu'écrire est un plaisir : pour moi, c'est un labeur absolument besogneux et extrêmement pénible, qui demande beaucoup de sueur. »”

“« Je suis persuadé que c'est la littérature qui gagne à la fin. Il n'y a qu'à voir les noms des hommes politiques d'il y a quarante ans : on s'en souvient pas, on est incapable de savoir qui était ministre, alors qu'on se souvient des écrivains importants. »”

“« Ça ne me dérange pas d'écrire des choses brutales ou violentes sur mes contemporains, d'être provocateur [...]. Ce qui me dérangerait, en fait, c'est de ne déranger personne : ça, ce serait un échec. »”