Perec, Georges
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (transcription automatique correcte mais coupée par de longues lectures du roman, dont la synthèse ne reprend que le propos d'ensemble ; certains noms de personnages sont déformés)
Core ideas
La présentation rappelle que Perec, né en 1936, ami de Raymond Queneau et membre de l'Ouvroir de littérature potentielle, s'est fait connaître avec Les Choses (prix Renaudot), histoire d'un jeune couple prisonnier du design et de la mode. La Vie mode d'emploi a pour cadre un immeuble parisien du 11, rue Simon-Crubellier, où un peintre veut fixer toute la maison dans un tableau avant sa destruction ; le puzzle est une façon de « démonter » une vie : le centre en est la mort de Bartlebooth, qui a parcouru le monde pour peindre des aquarelles qu'on découpe en puzzles et qu'on recompose, et le livre devient, selon le commentaire, un « inventaire de notre brocante » qui « broie et digère » nos illusions consolatrices. L'extrait lu décrit la vie de Gaspard Winckler, faiseur de puzzles, et des pièces de l'immeuble (salle de bains, tableau d'un décorateur).
Perec explique le sous-titre « romans » au pluriel : le projet initial était une histoire centrale avec des histoires annexes, mais le pluriel marque le « caractère potentiel » du livre, un pavé de 700 pages dont l'index d'une centaine de pages offre les 5 000 pièces d'un puzzle à recombiner, plusieurs modes de lecture et des romans « en abyme » (il donne l'exemple d'une histoire de vengeance d'un diplomate suédois reflétée à la fin par la description d'une salle de bains où se répète la même situation). Il parle de « boulimie romanesque », du désir de raconter « encore et encore », du modèle du roman d'aventures, de Jules Verne et du Manuscrit trouvé à Saragosse (rassembler « tout un état du savoir » comme l'avait fait Verne au XIXe siècle), d'un plaisir de la liste et de l'énumération qui sature le cadre du roman traditionnel, et d'une « machine à produire des histoires » qui part des objets et de leur description plutôt que de la psychologie des personnages (« des figures de rhétorique », des « objets de fiction »). Cette description, proche de l'hyperréalisme en peinture, est « tellement maniaque qu'elle fait craquer la réalité » et c'est dans ce craquement que surgit l'imaginaire.
Il décrit aussi un traitement singulier du temps et de l'espace : le livre se déroule en quelques secondes (le 23 d'un mois de 1975 (le mois est illisible dans le transcript), vers huit heures du soir, au moment de la mort du personnage central) mais traverse des siècles, l'espace se limitant à une centaine de pièces ; au début de chaque chapitre, un moment figé, des personnages « pétrifiés », un livre « à deux dimensions », sans bruit, avec une lenteur de la description opposée à la rapidité des récits, comme un « big bang » ou un « Aleph ». Il explique enfin sa méthode (« comment raconter beaucoup avec peu » : un nombre fini d'éléments, qu'il fixe à 420, permutés pour produire les histoires) et conserve une « direction centrale », celle du puzzle, tout en disant que le roman se joue entre l'auteur et le lecteur.
Excerpts
“« L'idée de mettre "roman" au pluriel, c'est pour indiquer ce que je pourrais appeler le caractère potentiel du livre : il y a un livre qui est écrit, qui se présente comme un pavé de 700 pages, et il y a à la fin une centaine de pages d'index, qui sont comme les 5 000 pièces du puzzle à partir desquelles on peut recombiner, reconstituer des histoires qui sont éparpillées dans le livre. »”
“« Il y a quelque chose qui ressemble à ce qu'on appelle en peinture l'hyperréalisme : une description qui a l'air d'être réaliste et qui est en fait tellement exacerbée, tellement maniaque, qu'elle fait craquer la réalité. Et c'est dans ce craquement que surgit l'imaginaire. »”
“« La Vie mode d'emploi est un livre qui se passe en quelques secondes. [...] Le temps du livre, de quelques secondes, va passer à plusieurs siècles. [...] Au départ tout est très lent, c'est la description de ce qui se passe dans chaque lieu, et au contraire les histoires sont dans la rapidité du récit. »”