Luchini, Fabrice
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (une émission d'environ une heure ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les lectures de textes et les noms propres ; les passages incertains sont omis)
Core ideas
Un « exercice d'admiration », pas un livre littéraire. Luchini dit ne pas être écrivain : son livre est un « exercice d'admiration » qui alterne Nietzsche, Rimbaud, Céline, La Fontaine, Flaubert et des moments plus quotidiens (la télévision, un dîner avec François Hollande, un voyage en Grèce). Il explique qu'on ne peut pas « rester dans les cimes » : Nietzsche exige un « grand oui » (courage métaphysique) quand nous sommes des êtres de ressentiment ; Rimbaud est « l'incarnation du danger et de la tragédie », qu'on ne peut lire qu'à petites doses. Il refuse l'idée que la littérature rende meilleur (« la littérature a une vocation d'amélioration de la nature humaine », il n'y croit pas) : elle donne un éblouissement, « de l'acide », et lui un plaisir égoïste de « faire résonner » les phrases.
Le métier : dire sans trahir. Luchini explique que, face aux médias, la fréquentation de Flaubert, de sa correspondance, le rend « inébranlable » parce qu'il parle d'autre chose que de lui. Il décrit sa tâche comme « l'impossible » de dire Le Bateau ivre sans la « boursouflure » de ses intentions (obsession de Jouvet, de Valéry : « le comédien passe son temps à trahir »). Il insiste sur le mot « organique » : l'acteur ne doit pas penser la phrase mais retrouver la « puissance musculaire » qui l'a produite ; la phrase est « avant tout un état à atteindre ». Il décrit la « suspension » de cinq cents personnes qui écoutent comme une cérémonie quasi religieuse, tout en refusant d'avoir « une mission ».
Origines, classe, langue. Fils d'un marchand de fruits et légumes italien de la Goutte d'Or, viré de l'école à 13 ans et demi, il raconte avoir été « réparé » par ses professeurs de substitution (Barthes, Rohmer, Flaubert, Jean d'Ormesson, son psychanalyste), et se dit élitiste « pour tous » : il déteste l'arrogance de la droite comme l'« égalitarisme » de la gauche qui nivelle. À propos d'une amie (Yasmina Reza) qui lui dit sentir sa « francité » grâce à son spectacle, il avance que l'identité française, c'est la langue (« pas de droit du sol »), un réflexe « identitaire » qu'il assume (« petit immigré italien, je suis le passeur de ça »).
La Fontaine, Rimbaud, Céline. Il loue La Fontaine (« le plus grand écrivain français », dont on ne voit jamais l'écriture, à la différence de Hugo, dont on voit la « mécanique »). Sur Rimbaud, il dit avoir mis vingt ans à comprendre Les Illuminations et conseille de le prendre « au pied de la lettre » (les couleurs des voyelles). Sur Céline, retiré en 2011 de la liste des commémorations nationales, il refuse la dichotomie « écrivain génial / salaud » : il connaît le dossier, condamne l'antisémitisme délirant de Bagatelles pour un massacre (« délire assassin »), mais note que Voyage au bout de la nuit (1932) était admiré par la gauche et que la dureté de Céline envers les pauvres lui donne « une dignité et une vérité » ; il récite un passage sur la banlieue. Il ajoute qu'il est difficile d'écrire sur Cioran ou Meister Eckhart pour la scène. Le dernier mot est pessimiste : le goût de ces textes est « une minorité » et la télévision et le divertissement l'emportent, mais « les gens viennent quand même », comme un « dernier réflexe de civilisation ».
Musique. Les choix musicaux (Wilson Pickett, « In the Midnight Hour », comme « animalité africaine » nietzschéenne ; une suite pour violoncelle de Bach par Ophélie Gaillard ; Oum Kalsoum) nourrissent les parallèles avec la dialectique du rhythm'n'blues (« la vie qui continue ») et la limite extrême de Cioran.
Excerpts
“« Je ne pense pas du tout que la littérature a une vocation d'amélioration de la nature humaine. »”
“« La littérature, c'est organique. »”
“« Pour accéder au sens, il faut le prendre au pied de la lettre. »”