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Luchini, Fabrice

comédien

(Représentation) Fabrice Luchini - Spectacle entier "Le Point sur Robert"

Artesquieu · May 4, 2021 · partial coverage

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Coverage note: full - représentation intégrale ; les passages musicaux, les rires du public et les improvisations rendent certains moments peu lisibles dans les sous-titres.

Core ideas

Le spectacle est une traversée de textes que Luchini aime, entrecoupée d'anecdotes autobiographiques et d'apartés avec le public. Il s'ouvre sur Paul Valéry : les livres qui servent sont ceux qui sont difficiles à lire, la scène de deux hommes devant un tableau dont l'un explique et l'autre est « absent », et deux formules que Luchini dit avoir cherchées pendant vingt-cinq ans. La première : « la plupart des hommes ont de la poésie une idée si vague que ce vague même est pour eux la définition de la poésie ». La seconde : « les mots sont des planches jetées sur un abîme », qu'on traverse vite sans s'y arrêter. Un dernier texte de Valéry sur l'amour, qui consisterait dans « la fureur de se transformer l'un l'autre », sert de transition vers Roland Barthes, car selon Luchini aucun auteur ne naît par génération spontanée.

Le cœur du spectacle est un commentaire joué des Fragments d'un discours amoureux, « livre de chevet » de sa génération. Luchini en lit et commente plusieurs figures en les rapportant à la vie ordinaire et aux couples d'aujourd'hui. Le « petit point sur le nez » désigne l'altération soudaine de l'image de l'être aimé par un geste ou un mot vulgaire, comme Albertine qui lâche une expression triviale chez Proust. Viennent ensuite l'angoisse d'amour, que Barthes rapproche, avec Winnicott, de la crainte d'un deuil qui a déjà eu lieu, puis l'attente, décomposée comme une pièce en trois actes (supputations, colère, deuil) où l'arrivée de l'autre déclenche selon le moment le calme, la scène ou l'action de grâce. L'identité de l'amoureux, conclut Barthes, c'est d'être « celui qui attend ». Luchini y mêle En attendant Godot, l'apologue taoïste du mandarin qui renonce à la 99ᵉ nuit, des taquineries envers les spectateurs et des allusions à la politique du moment. Il fait aussi entendre des chroniques de Barthes dans Le Nouvel Observateur sur l'amitié, l'ouverture des paquets ou les rires du public pendant un film.

Cette dernière chronique introduit le grand récit autobiographique de la soirée. Ancien apprenti coiffeur, Luchini est engagé par Éric Rohmer, après lui avoir récité du Nietzsche, pour jouer Perceval le Gallois, adaptation en vers de Chrétien de Troyes tournée en studio dans un décor stylisé de ciment peint. La première sur les Champs-Élysées tourne au désastre : le public mondain rit, la salle se vide, et les critiques éreintent le jeune acteur. Dans le même temps, Barthes écrit dans sa chronique qu'il aime ce film et que ces rires relèvent de la barbarie. Luchini va écouter son cours au Collège de France (« aujourd'hui, le concept du "c'est ça", le temps qu'il fait »), obtient son numéro de téléphone puis est reçu rue Servandoni. Au jeune homme qui l'assaille de questions sur Freud, Jung, le structuralisme ou Debord, Barthes répond : « donnez-moi le droit de ne pas avoir d'opinion ». Le récit se termine sur l'épisode du béret accroché à l'entrée, qui ébahit Luchini.

La fin revient à la voix et à la poésie. Luchini rappelle son projet de dire Valéry à la Villette pour « résister à l'infinie bêtise » des plateaux de télévision, en faisant répéter au public « les mots sont des planches jetées sur un abîme ». Il cite Valéry pour qui la poésie est une « survivance » dans une époque de simplification du langage et la voix humaine, prise à sa source, l'origine de la littérature. Il dit ensuite Rimbaud, « Les Sœurs de charité » et « Roman » (« On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans »). En rappel, il fait de la fable de La Fontaine « Les Femmes et le Secret » un exercice d'admiration : il décortique chaque mot (« on me déchire… quoi ? », le « oui » de la réponse, « le voilà ») pour montrer un génie de la langue qu'aucun moderne n'atteint selon lui.

Excerpts

Luchini cite la formule de Valéry sur les mots, fil conducteur du spectacle :

“les mots dits paul-valéry les mots sont des planches jeté sur un abîme avec lesquels on traverse l'espace d'une pensée qui souffrent le passage et non point la station l'homme en vif au mouvement les emprunts et se sauvent 1 mais s'il insiste le moins du monde ce peu de temps les ronds et tout s'en va dans les profondeurs”

Le « petit point sur le nez », selon Barthes, dit par Luchini :

“j'aperçois tout à coup un point de corruption ce point est menue un geste un objet un fait mans quelque chose d'insolite qui surgit qui se pointent d'une région que je n'avais jamais soupçonné [...] j'entends un contre rythme quelque chose comme une syncope dans la belle phrase de l'être aimé le bruit d'une déchirure dans l' enveloppe liste de lima”

La rencontre avec Barthes dans son appartement :

“je m'assois sur la chaise demande qu'est ce qu'ils pensent de young par rapport à freud qu'est ce qu'il pense du structuralisme par rapport à une société plutôt matérialiste qu'est ce qu'ils pensent de guy debord le situationniste [...] il m'a dit cette phrase merveilleuse fabrice donnez-moi le droit de ne pas avoir d'opinion”