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Raspail, Jean

écrivain, voyageur, journaliste

Jean Raspail - Entretien (A titre provisoire)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres, les paroles de chansons et quelques passages d'extraits sonores ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

L'émission s'ouvre sur l'autoportrait comique de Raspail (barbe, moustaches, comparaison avec un colonel de l'armée des Indes) et sur la présentation de ses multiples facettes : écrivain, voyageur, journaliste, monarchiste. Il corrige l'étiquette d'« ethnologue » (il s'intéresse aux civilisations en voie de disparition en amateur) et dit que rien ne disparaît jamais définitivement : la France connaît des mutations profondes (langue, courtoisie, culture) dont certaines vont « vers le bas », mais l'époque est selon lui « passionnante » parce qu'en plein changement. Interrogé sur la « blondeur » de ses héros, il récuse toute arrière-pensée idéologique, rappelant seulement une légende familiale d'ascendance wisigothique. Il dit regretter surtout deux choses qui « fichent le camp » : la beauté de la langue française (qui « jargonne ») et la courtoisie dans les rapports humains ; il en rit avec la chanson de Mouloudji (« Tout fout l'camp »), admet que Chateaubriand disait déjà la même chose et refuse de juger la jeunesse (état transitoire, emportée par des modes), disant que les films romantiques et chevaleresques plaisent encore aux jeunes.

Il se définit comme élevé dans un milieu catholique traditionaliste, aujourd'hui « anarchiste de droite » et « réactionnaire » plutôt que conservateur, et monarchiste : la monarchie « n'est pas un système politique ni une idéologie » mais le « dépassement vers le sacré de la fonction de gouverner ». Interpellé sur les « belles idées » de ses romans face à la nature humaine (fidélité, honneur, parole donnée, comme dans « Le Crabe-Tambour »), il répond qu'il est romancier et a le droit de se raconter de belles histoires, tout en doutant d'être capable lui-même d'incarner ces héros. Il prédit une société à deux vitesses (une minorité cultivée gardant des valeurs, une majorité « décalée » parlant un jargon), malgré l'accès généralisé à l'information, et explique avoir participé à la commémoration de la mort de Louis XVI, date « majeure », avec le comité qu'il avait fondé : pour lui la mort du roi est celle du « sacré dans le pouvoir », bien plus importante que les « droits de l'homme » constamment invoqués.

Il évoque ensuite son attirance pour Antoine de Tounens, « roi de Patagonie », figure à la fois comique et tragique de la mégalomanie (constitution, drapeau, uniforme, ministres imaginaires), pour les aventures (expédition de 1950, plantation d'un drapeau sur une île anglo-normande, voyage en canoë), et sa collection de soldats de plomb. Il dit écrire d'abord pour lui-même, uniquement quand il est « tendu par une idée », avoir un côté juvénile, et que l'aventure d'aujourd'hui est surtout « intérieure » (il dit retourner en Patagonie, au détroit de Magellan, en février). L'émission se termine sur « La Quête » de Brel, Don Quichotte comme anti-héros éternel, l'aveu d'être « un pied derrière, un pied très loin devant » (il dit anticiper dans ses livres des évolutions qui se réalisent), le regret de ne pas avoir vu naître le royaume de Jérusalem, et la phrase « on a souvent tort d'avoir raison trop tôt ».

Excerpts

“« Il y a deux choses qui fichent le camp : c'est d'abord la beauté de la langue française. On va vivre dans un pays qui jargonne et l'oreille va s'abîmer. Et deuxièmement, c'est la courtoisie dans les rapports humains. Ce sont deux choses qui étaient typiquement françaises. »”

“« La monarchie n'est pas un système politique, la monarchie n'est pas une idéologie. C'est le dépassement vers le sacré de la fonction de gouverner. [...] La mort du roi, ce n'est pas la mort d'un homme, c'est d'abord la mort de tout un système, c'est la mort du sacré dans le pouvoir. »”

“« Moi j'ai mené ce genre d'aventure après la guerre, quand ça existait encore : il y avait des plages blanches, des pointillés sur les cartes de Terre de Feu. [...] Quand on voyage, on transporte son univers avec soi. L'aventure, maintenant, elle est dans la tête. »”