Duras, Marguerite
▶ Watch on YouTubeCoverage note: partial (une émission d'environ trente-cinq minutes ; transcription automatique très déformée, surtout aux changements d'interlocuteurs, avec de nombreuses phrases incompréhensibles et des titres, noms propres et termes mal transcrits ; seuls les passages intelligibles sont rapportés, avec prudence)
Core ideas
Féminisme, écriture, « petites gens ». Interrogée sur le féminisme, Duras dit n'y attacher aucune importance et trouver « très regrettable » que l'émancipation des femmes s'aligne sur les hommes (elle n'aime pas les suffragettes) : la femme serait encore à la « protohistoire » et son histoire est à venir. Sur la littérature, elle dit que personne ne sait ce que c'est, qu'on est écrivain tout le temps, même dans le sommeil, et que l'écriture ne vient qu'« après coup », jamais à chaud. À la question sur sa fascination des « petites gens », elle répond qu'« il n'y a pas de petites gens, ça n'existe pas » : ses livres comptent aussi des consuls, des ambassadeurs, des mendiants ; ce qui l'intéresse n'est pas la sociologie mais les situations pures (le square) où des personnes proches du dénuement retrouvent une « dialectique naturellement révolutionnaire ».
Politique et littérature. Se disant communiste, elle se déclare « tout à fait contre l'engagement de la littérature » : la morale ou des idées politiques qui se mêlent à l'inspiration nuisent, sauf dans des périodes révolutionnaires. La seule façon d'être révolutionnaire en littérature serait de briser les structures romanesques établies ; elle dit chercher à sortir de l'« impasse balzacienne » où l'individu sociologique est au centre.
La mendiante du « Vice-consul ». Elle décrit son personnage de mendiante qui a perdu la mémoire et marché dix ans jusqu'à Calcutta comme une « vacuité idéale » à laquelle on peut prêter n'importe quelle histoire ; elle passe par un écrivain, narrateur-tiers, pour que le lecteur ne croie pas à la mendiante comme à sa propre thèse mais comme à une hypothèse, un univers « invérifiable ». Elle explique que le personnage ne l'a jamais quittée (déjà évoqué dans Un barrage contre le Pacifique), que sa sortie en 1965 « vient quand ça vient », sans lien avec la guerre du Vietnam, et qu'elle se méfie de l'autobiographie directe, « à chaud », préférant la distance.
Le théâtre et la critique : « Le Shaga » et « Yes, peut-être ». Sur le spectacle qui « ne marche pas du tout », « assassiné » par la critique à trois exceptions près, Duras reproche aux critiques de ne pas être des spectateurs, de n'avoir pas bougé depuis quinze ans et de penser le théâtre en termes de littérature. Elle décrit Le Shaga comme un théâtre « sériel », composé comme de la musique, sans commencement ni fin, un « happening fixé » ou une « proposition » où chaque spectateur est libre de s'ennuyer ou de s'intéresser, une réflexion sur le langage (des mots « dans l'air » qui se posent là où ils peuvent, comme « guerre » dans l'homme de Yes, peut-être ou « allô, c'est moi » dans Le Shaga). Elle voit dans l'hostilité de la critique à Yes, peut-être (une pièce « d'après » la guerre, qui a suscité des réactions nationalistes, des insultes dans la rue et un dessin humoristique) un possible « règlement de comptes » avec la gauche. Elle affirme ne croire qu'au « théâtre qui se fait là sous nos yeux », où tout se passe devant le spectateur, sans coulisses, et finit en disant que si le théâtre doit être jugé ainsi, elle n'en refera peut-être pas.
Excerpts
“« Il n'y a pas de petites gens, ça n'existe pas. »”
“« Je suis tout à fait contre l'engagement de la littérature. »”
“« Je ne crois qu'au théâtre qui se fait là, sous nos yeux. »”