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Guattari, Félix

psychanalyste et philosophe

(Vidéo) Félix Guattari : La question de la drogue

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (extrait de 76 lignes, transcription automatique par endroits déformée ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

Guattari refuse de partir d'une définition claire de la drogue : c'est plus un phénomène qu'on doit considérer au niveau d'un type de rapport social, d'une attitude de la société vis-à-vis des individus et de ceux-ci vis-à-vis d'eux-mêmes. Il juge « absurde » le débat sur les drogues douces et dures : on peut se droguer par la nourriture (boulimie, anorexie : il suggère que Kafka se « droguait » par l'anorexie et l'insomnie, états seconds), par des rituels religieux ou sociaux répétitifs (il raconte avoir assisté à New York aux séances d'une secte où des gens répétaient pendant des heures la même phrase en japonais), par la musique et le rythme, par certains symptômes de névrose obsessionnelle. La drogue serait pour lui une façon d'articuler le temps, un rétrécissement vers un territoire subjectif fondé sur des rythmes et des rapports à l'espace, un univers privé protecteur, une façon de se couper d'un certain rapport au temps et à l'autre ; il évoque aussi les travaux sur les endomorphines que sécrète l'organisme, sans être spécialiste.

Il distingue ensuite l'attitude sociale : certaines drogues sont non seulement acceptées mais recommandées (le saké comme obligation sociale au Japon) ; la télévision est « une drogue collective » (indépendamment du contenu, le geste de presser le bouton fonctionne comme une drogue, d'où des phénomènes de manque dans des expériences d'arrêt rapportées) ; d'autres, les drogues dures, sont réprimées. Il dit ne pas faire d'apologie de la drogue dure, ayant approché des gens qui ont souffert, mais juge aussi absurde de mettre les drogués en prison ou en situation de manque que de punir un cancéreux ou un tuberculeux, et ne voit aucun inconvénient à ce que quelqu'un fume de la marijuana pour dormir, plus inoffensive à ses yeux que bien des neuroleptiques et somnifères : il y a un « immense éventail » de la drogue, de l'héroïne au sucre, en passant par les drogues « intermédiaires » sociales.

Pour lui, la définition la plus générale de la drogue tient à ce qu'elle sert à ne pas voir « ce que sont ces réalités qui nous entourent » (être sur terre, la vie, la mort, le corps, la division sexuelle) : les sciences et les techniques, loin d'être des aboutissements de la maturité, peuvent produire une « régression infantile », des gens programmés, drogués par la normalisation, de la naissance à la mort. Les usages minoritaires et créatifs de certaines drogues (le poète Henri Michaux, cité par son nom déformé) vont en sens inverse, comme une « ligne de fuite », et c'est paradoxalement ce qu'on réprime, alors qu'on tolère la drogue généralisée (alcool). Il explique que la distinction entre drogue légale et illégale relève moins de raisons économiques ou politiques que de raisons « morales, métaphysiques » : on réprime comme des procès de sorcellerie ceux qui ne rentrent pas dans les profils (travestis, prostitution, handicaps, vieillesse, suicides). À la question de savoir s'il utilise des produits chimiques avec ses patients, il répond qu'il est lié à une clinique qui utilise la chimiothérapie.

Excerpts

“« Il est difficile de partir d'une définition bien claire de la drogue, parce qu'en fait il s'agit plus d'un phénomène qu'on doit considérer au niveau d'un certain type de rapport social, une attitude de la société vis-à-vis des individus, une attitude des individus aussi vis-à-vis d'eux-mêmes. »”

“« La télévision est une sorte de drogue collective. Je suis convaincu que, indépendamment du contenu du message envoyé par la télévision, le phénomène d'appuyer sur le bouton, d'envoyer des images, fonctionne exactement comme une drogue. »”

“« Il y a suffisamment de drogue comme ça, imposée. Alors n'allez pas chercher des drogues minoritaires, des drogues qui vous font fuir, à la drogue généralisée que la société diffuse autour de vous. »”