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Romains, Jules

écrivain, poète et dramaturge, auteur des « Hommes de bonne volonté », fondateur de l'unanimisme

Jules Romains - Entretiens (1970)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (environ deux heures ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres, les titres et certains poèmes ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

Origines et jeunesse. Romains revendique une origine à demi auvergnate (le Velay, plutôt que l'Auvergne au sens strict) : sa famille de petite condition venait de la montagne, son père était instituteur à Paris, et il naquit « par hasard » en vacances dans la région de Saint-Julien-Chapteuil, d'après le transcript ; il se dit surtout « enfant de Paris ». Il explique le choix de son pseudonyme (Louis Farigoule devenu Jules Romains) par sa sympathie pour Rome et le désir d'un nom simple et euphonique ; il revient sur ses premiers écrits (une pièce de montagne jouée par Copeau au Vieux-Colombier, titre transcrit « crrom le vieil », et « Les Copains » qui racontent un voyage à bicyclette dans le Velay et à Ambert), la bicyclette comme instrument de découverte, son goût du canular hérité de l'École normale (la candidature de Pierre Brisset au titre de « prince des penseurs », une plaque de rue au nom d'un personnage fictif ; il rappelle aussi « Donogoo », pièce construite sur la fécondité des idées fausses).

Dieu, tentations et science. Il présente une réflexion sur Dieu, « raisonnable », exposée dans son livre « Pour raison garder » : selon lui, Dieu ne peut pas posséder à la fois la suprême intelligence et la suprême puissance, car sinon le monde irait mieux ; le cosmos semble marqué par la « cruauté et la férocité de la création », d'où un créateur « impuissant » ou « dilettante ». Il détaille ses « tentations » : la musique (piano, violon, essais de composition), la peinture (il bénit le sort de ne pas être devenu peintre), le silence (un scrupule religieux d'enfance, lié au « péché contre l'Esprit », et la lecture de Renan), et surtout la science : licence de sciences (botanique, physiologie), étude sur les thallophytes, et recherches sur la « vision extra-rétinienne » et le « sens paroptique » chez des aveugles de guerre, avec des expériences relatées dans un ouvrage (il raconte la lecture de chiffres par la peau en 1919 ou 1920), qu'il n'a pas poursuivies pour ne pas abandonner la littérature ; il s'inquiète de la place de l'esprit face au matérialisme dans les sciences et dit être ami d'Einstein.

Politique et européisme. Il présente sa tentation politique : l'européisme (puis le mondialisme) comme prolongement de l'unanimisme, un poème « Europe » commencé avant 1914 et lu en décembre 1915, publié de façon semi-clandestine (chez Adrienne Monnier puis Gallimard), un essai écrit pendant la guerre, sa mission officieuse de conférences d'Europe en 1933-1934 pour sonder les dirigeants (Daladier, Georges Bonnet), sa présidence du PEN Club en 1936, ses positions contre le fascisme et le nazisme, son exil en Amérique et au Mexique pendant la Seconde Guerre mondiale, ses conversations avec Roosevelt. Il juge l'européisme actuel « timide » et « pas assez unanimiste », et dit que la Première Guerre mondiale exprimait, de façon morbide, un besoin d'unité européenne.

Poésie et unanimisme. Il parle de sa poésie (« L'Âme des hommes », 1904, « La Vie unanime », 1908, « Europe », « L'Homme blanc », « Pierre levée », 1948), de la poésie comme langage obéissant à des lois propres, de son souhait de continuer Hugo plutôt que d'ouvrir une école, du « Traité de versification » écrit avec Chennevière, de l'Abbaye de Créteil, et de sa prose « classique ». Il définit l'unanimisme comme philosophie (la sagesse et l'attitude devant la vie sont commandées par des actes et états de conscience collectifs, l'humanité formant « un grand corps vivant »), attitude politique (européisme, mondialisme) et « manière littéraire », mais non comme une école. Interrogé sur « L'Homme blanc », il admet une « hiérarchie » des races comme des individus (il cite la Grèce et Rome) et place la race blanche au-dessus des autres. Il évoque enfin ses chances ratées au prix Nobel (il dit avoir failli l'obtenir en 1943), les 27 volumes des « Hommes de bonne volonté » (un seul roman, du « 6 octobre » au « 7 octobre »), et estime le XXe siècle « unanimiste » mais avec un progrès de conscience lent et hésitant.

Excerpts

“« C'est une philosophie qui consiste à admettre que la sagesse et l'attitude devant la vie sont commandées à la fois par des actes collectifs et par des états de conscience collectifs, alors que jusque-là c'est l'individu seul qui était appelé à témoigner. »”

“« Il n'est pas possible que Dieu soit pourvu à la fois de la suprême intelligence et de la suprême puissance, parce que la raison s'y oppose [...] si c'était le cas, les choses iraient mieux que ce qu'elles ne vont. »”

“« Si l'on veut arriver au monde, il faut passer par l'Europe : si nous avons à négocier avec les grands porteurs de force de ce monde, nous passons par l'européisme, qui est la seule façon un peu large de concevoir les choses. »”