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Žižek, Slavoj

philosophe

Slavoj Zizek - Conférence : De l'ignorance du poulet, ou Qui croit en quoi ?

Artesquieu · Apr 4, 2023 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique très approximative sur de nombreux passages ; la synthèse suit les idées clairement identifiables)

Core ideas

La conférence part de Marx et du passage de l'argent au capital : l'échange simple (vendre pour acheter) devient un cycle sans fin où l'argent s'investit dans la marchandise pour revenir comme plus d'argent, le capital étant « sa propre fin ». Contrairement au thésauriseur qui retire l'argent de la circulation, le capitaliste l'y jette sans cesse ; cette « folie » n'est pas une déviation mais le noyau du capitalisme, qui éclate dans les crises, où l'argent redevient la « vraie marchandise » devant laquelle toutes les autres sont des « Juifs circoncis dans l'âme » (l'expression de saint Paul que Marx reprend). La valeur est ainsi un « sujet » qui se valorise lui-même, un mouvement circulaire qu'il compare à la doctrine chrétienne de l'identité du Père et du Fils, « famille monoparentale par excellence ».

Pour expliquer ce mécanisme, Žižek raconte la blague de l'homme qui se prend pour un grain (de blé), soigné à l'hôpital, qui revient terrorisé : « je sais que je ne suis pas un grain, mais le poulet, lui, le sait-il ? ». Le vrai traumatisme n'est pas « le silence des agneaux » mais « l'ignorance du poulet » : l'inconscient lui-même doit intégrer la vérité. Il applique cela au fétichisme de la marchandise : Marx ne dit pas que la marchandise nous apparaît magique alors qu'elle n'est que rapport social, mais que dans notre pratique sociale nous agissons comme si elle l'était (l'élève marxiste qui dit « je le sais, mais les marchandises, elles, ne le savent pas ») ; la tâche n'est pas de convaincre le sujet mais « de changer la manière dont les marchandises parlent entre elles ». Il en tire une ontologie à trois niveaux (réalité brute, apparence immédiate, apparence réelle objectivée) qu'il rapproche du fantasme fondamental en psychanalyse, que l'on ne peut assumer subjectivement (la publicité de la grenouille et de la bouteille de bière pour illustrer « il n'y a pas de rapport sexuel »).

Il généralise à la croyance : à notre époque, nous croyons que « le grand Autre » croit à notre place (l'homme qui sort de prison athée mais craint Dieu, et qui demande « Dieu le sait-il aussi qu'il n'existe pas ? ») ; le fer à cheval de Niels Bohr (« je n'y crois pas, mais on m'a dit que ça marche même si on n'y croit pas »). Il propose de renverser Pascal : s'agenouiller et prier ne sert pas à produire la croyance mais à s'en débarrasser, à transférer la croyance sur un rituel, pour garder une distance minimale (même logique pour le mariage). Il en tire que le catholicisme fonctionne comme un « athéisme fort » et que les fondamentalistes ne croient pas mais « savent », ce qui ruine la croyance elle-même ; la vraie croyance, comme celle des droits de l'homme ou d'Anne Frank, est un engagement pratique sans garantie. En s'appuyant sur Kierkegaard (une Antigone moderne, Abraham, la « suspension religieuse de l'éthique »), il défend le christianisme comme religion de la comédie : l'Incarnation est un « écart » entre l'homme et Dieu redoublé en Dieu lui-même (le cri du Christ sur la croix : « pourquoi m'as-tu abandonné ? »), et la meilleure réponse à « Dieu est mort » est « Dieu est mort, et moi non plus je ne me sens pas très bien ». Il critique le film de Mel Gibson comme privé de cet aspect comique.

En conclusion, il attaque la philosophie de la finitude (Heidegger, ou une version « tragique » de Lacan) et plaide pour une « immortalité obscène », celle du mort-vivant (« non-mort », jugement infini de Kant), dont l'objet partiel lacanien est la figure : Amfortas chez Wagner, le médecin de campagne de Kafka, le sifflet avalé de Charlot dans Les Lumières de la ville, la pieuvre dans Et l'acier fut trempé d'Ostrovski, la dernière phrase de L'Innommable de Beckett (« il faut continuer »). Dans les questions, il compare stalinisme et nazisme : sans minimiser leurs horreurs (il admet que le bilan quantitatif du stalinisme est pire), il note que les procès staliniens exigeaient l'aveu d'une vérité universelle tandis que la culpabilité des Juifs était « naturalisée » chez les nazis, et évoque la « folie » irrationnelle de la terreur stalinienne (anecdotes sur Molotov, sur un vrai espion découvert dans une usine). Il soutient que le christianisme oscille entre perversion et subversion (en s'appuyant sur Lacan, sur le « supplément obscène » qui soutient les institutions, qu'il illustre par une étude qu'il attribue à un collègue sur les scandales pédophiles de l'Église de Boston), et que Wagner, personnage « dégoûtant », est plus ambigu dans ses œuvres qu'on ne le dit (le Juif errant comme figure positive, Titurel dans Parsifal comme vrai « mal » plutôt qu'une figure juive), ce qui lui fait préférer une lecture non « historiciste » ; il rappelle le rêve d'Alain Badiou d'une mise en scène de Parsifal où le Graal serait le Parti communiste.

Excerpts

“« Un homme qui se prend pour un grain est conduit dans une institution psychiatrique où les médecins font leur possible pour le convaincre qu'il n'est pas un grain mais un homme. Lorsqu'il est guéri, convaincu d'être un homme, il est autorisé à quitter l'hôpital ; il revient immédiatement, tout tremblant de peur : il a peur que le poulet qui se trouve dehors essaie de le manger. "Mais vous savez bien que vous êtes un homme !" "Évidemment que je le sais, mais le poulet, le sait-il ?" [...] Ce qui est traumatique, ce n'est pas le silence des agneaux, mais l'ignorance du poulet. »”

“« Un visiteur, étonné, dit à Niels Bohr qui avait un fer à cheval sur la porte de sa maison de campagne : "Mais tu y crois ?" Bohr répond : "Mais je ne suis pas fou, moi aussi je n'y crois pas, mais je l'ai là parce qu'on m'a dit que ça fonctionne même si on n'y croit pas." C'est ça le statut prédominant des croyances aujourd'hui : on n'y croit pas, on n'a pas besoin de croire, ce sont les objets eux-mêmes qui croient. »”

“« Quelle est la réponse subversive à "Dieu est mort" ? "Dieu est mort, et à vrai dire moi non plus je ne me sens pas très bien." C'est précisément ce que Christ pouvait dire sur la croix. [...] Dans le christianisme, l'écart entre l'homme abandonné par Dieu et Dieu n'est pas vaincu par un rapprochement magique mais par sa transposition en Dieu lui-même. »”