Giacometti, Alberto
▶ Watch on YouTubeCoverage note: partial (transcription automatique de mauvaise qualité, avec de nombreuses phrases incohérentes, notamment dans les réponses de Giacometti ; la synthèse ne retient que les idées dont le fil est reconnaissable)
Core ideas
L'introduction pose la question de l'équivalence entre peinture et sculpture (le peintre pense en couleurs et en formes, le sculpteur en forme seulement ?) et rappelle que Giacometti dit que la grande sculpture est « peinte » et que le volume ne suffit pas pour tout dire. Interrogé sur la taille d'une statue, Giacometti raconte qu'il a longtemps été pris d'une « nécessité affective » de réaliser ce qu'il imaginait ; quand il travaillait d'après modèle ou de mémoire, ses figures se réduisaient d'elles-mêmes à des dimensions minuscules, parce qu'il cherchait à rendre ce qu'il voyait et non ce qu'il imaginait, et que la taille se jouait à quelques centimètres près ; il dit que presque toutes les sculptures qui le touchent dans le passé sont de petite dimension ou liées à une architecture. Il décrit comment, en voulant faire une figure avec bras et tête, il se mettait à sacrifier peu à peu les détails et ne gardait qu'une « petite chose » à la fin, ce qui était toujours « décevant ».
Il raconte l'expérience du crâne : en seconde année d'académie, il s'est passionné pour un crâne qu'il a peint tout un hiver, incapable de le saisir entier ; devant un personnage vivant, la différence avec un crâne se réduit à presque rien, la seule chose qui reste vivante étant le regard. Il en conclut qu'il n'y a guère d'intérêt à sculpter un crâne mais qu'il faut sculpter le vivant, et que ce qui le fait vivre est le regard : la sculpture des Nouvelles-Hébrides (qu'il admire) donne le regard et fait de la tête l'essentiel, le corps devenant « comme des antennes » ; il compare la sculpture égyptienne, dont le scribe aux yeux de verre ne regarde pas malgré la science de celui qui l'a faite, et la sculpture gréco-romaine, dont le respect des proportions « n'a plus aucun sens » et qui cherche une illusion de mouvement qui le gêne (il voudrait qu'un discobole baisse les bras). Pour lui, le mouvement doit être dans la forme immobile.
Giacometti remarque que c'est toujours sous forme sculptée qu'on adore la divinité : on peut peindre Dieu, mais le tableau n'inspire que l'admiration, non l'adoration ; les sculptures africaines, océaniennes ou « primitives » étaient un double ou un dieu, et les Grecs attachaient les statues égyptiennes par crainte qu'elles ne prennent vie. Il se demande s'il existe une équivalence entre les moyens d'expression et cherche « ce qui ne peut être dit que par la sculpture » ; il pense que la peinture est une illusion (la réalité d'un tableau est la toile), mais que la peinture abstraite, comme chez Mondrian, qui veut abolir l'illusion, ne parvient pas à faire un objet comparable à une casserole : c'est « une impasse ». Il conclut que la sculpture et la peinture modernes, abstraites ou non figuratives, ne veulent représenter que leur affectivité, ce qui l'« inquiète » et le « fatigue ».
Excerpts
“« Ce qui fait vivre une tête, c'est son regard. C'est comme si on voulait sculpter le regard. [...] La sculpture des Nouvelles-Hébrides arrive à donner le regard, et tout le reste est un support du regard. »”
“« Le mouvement doit être dans la forme même immobile. [...] Un bras de sculpture gréco-romaine en l'air, ou le discobole, je voudrais qu'ils baissent les bras : c'est une mobilité illusoire qui me gêne. »”
“« C'est toujours sous la forme de sculptures que l'on présente la divinité à l'adoration. On peut peindre Dieu, mais le tableau ne peut provoquer que l'admiration : il peut plaire, il peut inquiéter, on ne l'adore pas. C'est toujours sous une forme sculptée qu'on adore Dieu. »”