Colette
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (une série d'environ trois heures ; transcription automatique par endroits très déformée, surtout les noms propres, les titres de livres et les réponses rapides de Colette ; les passages incertains sont omis ou hédgés)
Core ideas
Le « mystère Willy » et la naissance de Claudine. Parinaud présente l'émission comme une plongée dans l'intimité d'une « grande dame inconnue », en passant par chacun de ses premiers romans. Colette y confirme que Claudine à l'école (1900) a été écrit à la demande de Willy, dans un petit appartement de la rue Jacob sans bureau, sur des cahiers d'écolier, vers l'âge de vingt-deux ans, en pensant que ce ne serait jamais publié ; Willy, qui les avait d'abord rangés au fond d'un tiroir comme sans valeur, les a redécouverts plus tard et les a publiés sous sa seule signature (« c'est comme ça que je suis devenue écrivain »). Elle précise qu'il suggérait seulement des « piments » (des passages plus vifs, qu'elle a parfois refusés), qu'elle avait promis de garder le secret et que les premiers cahiers auraient été détruits à la demande de Willy, selon un récit qu'elle rapporte avec prudence. Rachilde, dans le Mercure de France, avait salué en Claudine une « personne vivante ».
Autobiographie ou fabrication ? Colette refuse de considérer Claudine comme une autobiographie : le village (Montigny), l'école, l'institutrice (dont elle dit avoir gardé une correspondance affectueuse), le délégué cantonal ou la sauvagerie des forêts viennent de souvenirs, mais « c'est moi et ce n'est pas moi », et elle affirme que la sentimentalité sensuelle de certains passages est bien d'elle. Elle affirme ne jamais faire de plan (anecdote : son second mari Henry de Jouvenel lui rédige un plan de vingt-deux chapitres, elle « fond en larmes »), laisser les personnages venir « par pièces et morceaux », ne se souvenir ni des dates ni des critiques, et regarder Claudine à Paris (1901) comme « un pauvre petit roman » écrit dans l'inconfort. Parinaud relève la rue Jacob, la chatte, la bonne, le va-et-vient d'amis de Willy (Pierre Weber, Marcel Schwob, Curnonsky, musicographes), l'arrivée « dans une brume de détresse » à Paris, la découverte de Debussy, de Francis Jammes et de Wagner (Bayreuth avec Willy).
Polaire, ménage, séparation. À propos de Claudine en ménage (1902), Colette parle de l'actrice Polaire, dont elle nie qu'elle lui ressemblait vraiment : une simple « similitude » de coiffure et de vêtements, voulue par Willy ; elle raconte aussi avoir coupé ses longs cheveux, au grand dam de sa mère. Sur Claudine s'en va (1903), elle refuse de commenter la rupture (« je ne peux pas vous le dire ») et raconte avoir découvert tardivement qu'une page manuscrite du livre, attribuée à Willy, avait été fabriquée pour faire croire qu'il en était l'auteur ; elle dit s'être exprimée avec « modération ». Pour Minne (1904-1905), partie d'une nouvelle d'une cinquantaine de pages, Willy aurait exigé « au moins cent cinquante pages ». Elle explique avoir supprimé dans les éditions ultérieures des passages (par exemple des lettres du personnage de Mogis, que Parinaud rattache à Willy, sur la musique de Bayreuth) parce qu'elle ne les jugeait pas bons, ou qui n'étaient pas d'elle.
« La Retraite sentimentale » et la signature. Dans le dernier entretien, Parinaud aborde La Retraite sentimentale (1907), premier livre paru sous la seule signature de Colette, qu'elle dit avoir « vigoureusement défendue et revendiquée » parce qu'elle y tenait au « côté paysagiste » et qu'elle espérait un succès après la rupture ; elle reconnaît avoir écrit sans grand goût pour le métier d'écrivain, par nécessité matérielle (peu de fortune personnelle), et évoque avec émotion la propriété de Franche-Comté (l'« oasis », une vieille propriété qui datait du Directoire, plus tard perdue pour elle). Parinaud cite des phrases du livre (« je supporte de plus en plus mal ce que j'appelle la littérature » ; « la vie est un jardin où l'on peut tout cueillir, tout manger, tout quitter et tout reprendre ») que Colette juge « de la littérature » mais où il voit déjà « l'autre Colette » ; elle évoque enfin les animaux du livre (le crapaud, le hérisson, les écureuils).
Excerpts
“« Je n'avais pas de plan, [...] et je continue à ne pas faire de plan littéraire. »”
“« Je supporte de plus en plus mal ce que j'appelle la littérature. »”
“« La vie est un jardin où l'on peut tout cueillir, tout manger, tout quitter et tout reprendre. »”