MNEMOSYNEv0.1.2563

Podcasts/Artesquieu/Phalle, Niki de Saint

Phalle, Niki de Saint

sculptrice et peintre, 1930-2002

Niki de Saint Phalle - Entretiens (A voix nue)

Artesquieu · Jun 25, 2023 · partial coverage

▶ Watch on YouTube

Coverage note: full (les cinq épisodes : le rire et les tirs, les nanas et Tinguely, les Nouveaux Réalistes et le Jardin des Tarots, l'enfance et le féminisme, la solitude et la collaboration)

Core ideas

Dans le premier épisode, Niki de Saint Phalle explique qu'elle soigne par le rire (vingt minutes par jour) l'emphysème causé par les vapeurs toxiques du polyester et de ses résines, et raconte son parcours d'autodidacte : dépression à vingt-deux ans, électrochocs, puis la peinture comme thérapie ; la découverte de Gaudí à Barcelone et du facteur Cheval, qui lui donne le « sentiment de son destin » de réaliser un jour un grand jardin. Elle évoque l'effervescence de New York (Johns, Rauschenberg, Cage) et de Paris dans les années 1960, où Pierre Restany l'inclut chez les Nouveaux Réalistes, avec Tinguely, Yves Klein, Armand, Daniel Spoerri : des « tirs » sur des reliefs blancs qui « saignent », faits de plâtre et de sacs de couleur, rituels de préparation et de violence « assumée » après une période où elle faisait tirer les autres ; elle les décrit comme « excitants, sexy, mais aussi tragiques, une naissance et une mort ». Elle se dit « drogée » par cette expérience, seule période où elle n'a jamais été malade, et décide d'arrêter volontairement, en « aventurière » qui veut passer à autre chose.

Le deuxième épisode évoque sa révolte contre Dieu, l'injustice, les hommes et le « marché du mariage », son premier mariage avec le poète américain Harry Mathews (mariés à dix-huit ans, séparés à trente, enfants élevés ensemble, couple très partagé), l'« enfer » mis en poèmes (« l'enfer, c'est l'angle droit, j'aime le rond, l'imperfection donne la vie »), et les reliefs d'objets recouverts de plâtre ou de laine (jouets d'enfants), puis l'éclosion des « nanas » (nées d'abord de ses « mariées »), joyeuses, rondes, dansantes, en laine puis en polyester, apparues quand le féminisme était « latent », vers 1964, et dont elle dit qu'elles ne sont pas nécessairement ses meilleures œuvres. Avec Jean Tinguely, dont elle décrit la collaboration comme une « aventure artistique unique » d'opposés qui se complètent, ils réalisent à Stockholm une nana géante habitable, puis des fontaines (Pompidou, Château-Chinon) et plus tard des éléments du Jardin des Tarots ; elle raconte avec humour les conflits, un doute de sa part sur la fontaine de Château-Chinon et les lettres d'excuse.

Le troisième épisode décrit la vie à l'époque des Nouveaux Réalistes (galeries moins commerciales, liberté de tirer dans une galerie ou un musée, sans règles de sécurité), ses amis (Spoerri, Yves Klein, Marcel Raysse), ses assistants (Rico Weber, Ricardo) comme « vraie famille » après des années de travail commun, sa vie solitaire et son aversion pour les vernissages, ses lectures (tarots, Livre des morts égyptien, poésie anglaise et américaine). Le quatrième revient sur son enfance entre la France et New York (famille d'aristocrates français banquiers aux États-Unis), l'éducation « pour le marché du mariage », sa précoce conscience de l'injustice sociale, son « féminisme à douze ans » (refus de compter le linge), la mauvaise opinion de sa mère qui l'a rendue indifférente au jugement des autres, la place des femmes sculptrices dans l'histoire (Camille Claudel) et sa « folie des grandeurs féminine ». Une introduction ajoutée après sa mort rappelle le viol dont elle a été victime de la part de son père à douze ans, qu'elle a révélé dans Mon secret (1994) et dont elle ne parle pas encore dans cet entretien de 1991.

Le cinquième épisode porte sur le Jardin des Tarots en Toscane, « rêve de sa vie » qu'elle a financé elle-même (parfum Niki de Saint Phalle, aide d'amis et de Tinguely) au prix d'une grande solitude et de l'arthrite rhumatoïde, dont elle dit que le projet l'a « sauvée » : elle se définit comme « réalisatrice de rêves », décrit la répartition du travail avec ses assistants et Tinguely (il soude, construit des machines, fait trois contributions à l'ensemble), compare les fontaines Stravinsky et de Château-Chinon, et regrette que la fontaine Stravinsky soit éteinte et mal entretenue.

Excerpts

“« C'était une extraordinaire sensation de tirer sur une peinture et de la voir se transformer d'elle-même en une nouvelle création. Ce n'était pas seulement excitant et sexy, mais aussi tragique, comme si l'on assistait en même temps à une naissance et à une mort. [...] C'était plutôt le rite, c'était plutôt le sacrifice. »”

“« On a vraiment vécu une extraordinaire aventure artistique, je crois qui est unique. [...] C'était l'opposé : dans ces périodes blanches avec les sculptures noires, c'est l'opposé dans ma période de joie avec les autres choses de Jean. Il y a toujours eu que l'un contenait quelque chose et l'autre, ça se complète. »”

“« Toutes mes choses monumentales, dans un certain sens, sont aussi pour prouver qu'une femme peut travailler à cette dimension. [...] J'ai la folie des grandeurs, mais la folie des grandeurs féminines, c'est différent : mon monde, il est courbes, il est rond, c'est un monde féminin. »”