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Foucault, Michel

philosophe

(Vidéo) Alain Badiou et Michel Foucault - Discussion (Philosophie et psychologie)

Artesquieu · Jun 3, 2023

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Core ideas

La discussion part d'une question d'apparence banale, « qu'est-ce que la psychologie ? », que Foucault dédouble aussitôt : de quoi s'occupe-t-elle, et est-elle une science ? Il juge la seconde question trop étroite et propose d'interroger la psychologie « comme n'importe quelle autre forme culturelle », c'est-à-dire comme la manière dont, dans une culture donnée, un savoir s'organise, s'institutionnalise, se donne un langage et atteint éventuellement une forme scientifique ou parascientifique. Il la replace dans une longue histoire de l'interrogation de l'homme sur lui-même (la confession chrétienne, la littérature, le théâtre, les cours d'amour, les salons), qui prend au XIXᵉ siècle la forme qu'on appelle psychologie.

Deux réponses sont alors possibles sur son rapport à la philosophie, elle-même « forme culturelle la plus générale » de l'Occident depuis les Grecs jusqu'à Heidegger. Dans la première, la psychologie ne fait que reprendre sur un mode positif et scientifique les notions d'âme ou de pensée, jusque-là obscures à elles-mêmes. Foucault préfère la seconde : au tournant des XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles survient dans la philosophie un « événement » : l'apparition d'une réflexion de style anthropologique, la question « qu'est-ce que l'homme ? » (il renvoie au texte de Kant dans la Logique, où les trois questions sur le connaître, le faire et l'espérer se rapportent à une quatrième). Avant, la réflexion sur l'homme (les « traités de la nature humaine » des XVIIᵉ-XVIIIᵉ siècles) n'était qu'une réflexion de second ordre par rapport à une philosophie de l'infini ; elle devient le champ où la philosophie se déploie à partir de la finitude, repris par la dialectique de Hegel et de Marx.

Pour ce qui distingue la psychologie parmi les sciences humaines, il répond que c'est la découverte de l'inconscient par Freud : de science de la conscience (analyse des idées, de la pensée, des sentiments), la psychologie devient science de l'inconscient, ce qui restructure toutes les sciences humaines : le corps, le groupe social, la culture, les parents deviennent des figures de l'inconscient, et la physiologie ou la sociologie sont reprises par elle. Il y voit un étonnant chiasme : la philosophie avait déjà réfléchi l'inconscient (de Schopenhauer à Nietzsche), ce qui lui permettait de contourner la question anthropologique, et la « mort de Dieu » de Nietzsche signifie aussi la fin de l'homme dans sa valeur humaniste ; or au moment où les sciences humaines se constituent dans leur positivité en reprenant l'inconscient, l'homme a, philosophiquement, disparu : la positivité de la psychologie reposerait peut-être sur cette lacune. Il plaide pour une histoire « événementielle » de la philosophie plutôt que de structures idéales et intemporelles.

Interrogé sur le sens de « découverte » de l'inconscient, il le prend au sens strict : Freud a trouvé l'inconscient « comme une chose », non comme un système de signification vide. Il dit, en reconnaissant les lectures de Lacan, que l'inconscient a une structure de langage mais est une parole et non une langue : un texte écrit, où l'on découvre des signes déposés, qu'ils veulent dire quelque chose, et ce qu'ils veulent dire, en une seule opération, le message portant son propre code. D'où l'absence de psychanalyse générale ou collective (on ne parle de psychanalyse d'une société que par métaphore) et la singularité de la cure. Quant à la psychologie de laboratoire (tests, aptitudes, psychologie animale, factorielle), il la juge « terriblement pratique » : liée aux nouveaux rapports de production et à l'homme devenu consommateur, c'est une psychologie de type économique. Sur l'opposition entre expliquer et comprendre, il trouve « comprendre » mal choisi et préfère « expliquer et interpréter » : la réapparition (par Nietzsche, l'exégèse religieuse du XIXᵉ siècle et la psychanalyse) de techniques exégétiques d'origine alexandrine, qui avaient été refoulées par la méthodologie positiviste de la loi et de l'explication.

À la question finale de pédagogie, Foucault répond qu'il enseignerait la psychologie « masqué », comme le philosophe de Descartes : changeant de visage, de voix et de gestes, il présenterait d'abord la psychologie de laboratoire (tests, labyrinthe, rat), puis la psychanalyse avec prudence et précision, et ne retirerait le masque qu'à l'heure suivante pour parler de philosophie, afin de marquer le partage entre les deux plutôt que de le nier.

Excerpts

“« J'aimerais qu'on interroge la psychologie non pas tellement sur la forme d'objectivité qu'elle peut atteindre, la forme de scientificité dont elle est capable, mais comme on interrogerait n'importe quelle autre forme culturelle. [...] J'entends la manière dont, dans une culture donnée, un savoir s'organise, s'institutionnalise, libère un langage qui lui est propre et éventuellement atteint une forme que l'on peut appeler scientifique ou parascientifique. »”

“« Au moment où les sciences humaines se font dans leur positivité, voilà que l'homme a philosophiquement disparu. [...] La philosophie a imposé le thème anthropologique à toute la culture occidentale, et puis au moment où la psychologie reprend ce thème et lui donne, grâce à l'inconscient, une parole absolument nouvelle et peut-être positive, la philosophie découvre que l'homme lui-même n'existe pas. »”

“« L'inconscient, c'est une parole, ce n'est pas une langue. [...] On découvre un texte écrit : on découvre premièrement qu'il y a des signes déposés, deuxièmement que ces signes veulent dire quelque chose, et troisièmement on découvre enfin ce qu'ils veulent dire. [...] Le texte psychique est à la fois le message et le code de ce message. »”