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Quignard, Pascal

écrivain

Pascal Quignard - Entretien (L'Heure bleue)

Artesquieu · Sep 21, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique par endroits très déformée ; les noms propres sont donnés tels que le transcript les restitue et sont approximatifs lorsque c'est signalé)

Core ideas

Quignard commence par évoquer la langue maternelle, qu'il distingue de la langue apprise : il s'agit pour lui de l'intonation, du rythme, du timbre maternels, « comme chaque oiseau a son chant », antérieurs à la langue acquise. Il raconte qu'enfant il ne parlait pas, par crainte d'être « piégé » par ce qu'il pourrait dire, dans une sorte de chantage par le silence et par la faim pour survivre ; son premier livre, qu'il cite, fut le conte Peau d'âne, pour lui un déguisement qui permet de se replier dans la peau d'un animal. C'est sa grand-mère, plutôt que sa mère, qui lui a appris à lire ; il a découvert dans la lecture silencieuse une « ruse magnifique » dans une famille de professeurs, une façon de s'écarter, tout étant pardonné à qui lit ou feint de lire. Il évoque aussi son enfance d'enfant de chœur à une messe en latin, la danse butô (il cite Carlotta Ikeda), le piano joué dans des chapelles, et considère ses multiples activités comme les « robes de peau d'âne » d'un homme qui veut passer inaperçu tout en restant dans le milieu.

Il revendique l'apologie du silence : il lui faut un lieu « verrouillé » pour écrire, il se réveille en pleine nuit, vit avec des chats dont il dit qu'ils rêvent plus que nous et lui ont beaucoup appris, et se fie beaucoup aux rêves (il laisse une nuit avant toute décision). Il décrit la lumière particulière de son dernier livre, celle qui précède l'aube, « une pâleur un peu brune » où la nuit semble s'allumer, et la rattache à la quête d'un état d'avant la naissance (l'océan, la vague « là bien avant nous », sans aucune oreille pour l'entendre). Il se dit marqué par l'enfance au Havre, dans une ville en ruines après la guerre : on ne naît pas dans une guerre, on naît « dans le deuil de quelque chose qu'on ignore », et il dit n'avoir connu que des ruines, d'où le caractère fragmentaire de son œuvre, faite de « lambeaux et de fenêtres ouvertes ». Il craint aussi la répétition politique (« la mâchoire va encore se refermer sur nous ») et demande de la vigilance, sans développer.

Sur son œuvre, il explique que L'Enfant d'Ingolstadt est le dixième texte d'un projet qui l'obligeait à écrire quelque chose d'« absolument énorme dans laquelle je mourrai », né pendant une période où il a connu des hémorragies pulmonaires et pensé mourir. Il définit ses livres comme des genres mêlés (contes, légendes, poèmes, étymologies) qui n'ont rien d'une philosophie, tout en gardant des « souvenirs de philosophie », et dit vouloir « habiter l'énigme » plutôt que la résoudre. Pour lui, la littérature est une forme de musique : chaque écrivain a sa voix silencieuse, sa « musique de la langue », et dans la lecture, comme dans le ventre maternel, il n'y a ni interlocuteur ni destinataire. Il affirme que « nous sommes des morceaux d'irréel », créatures qui ont falsifié le monde par le rêve, la langue, les images, le désir ; il oppose à la prévisibilité des sociétés l'imprévisible, appris des animaux, et définit écrire comme essayer de reconquérir ce qu'on a perdu, le « perdu » étant le thème obsédant de l'œuvre (les morts reviennent dans les rêves). Mireille Calle-Gruber, dans une intervention enregistrée, souligne que sa pensée procède par « conceptions » plutôt que par concepts (la scène primitive, l'image qui apparaît et fuit), par une intelligence sensorielle des songes, et relève dans L'Enfant d'Ingolstadt (conte des frères Grimm sur l'enfant dont le bras continue de se lever hors de la tombe) le thème de l'indocilité, et dans les références de Quignard la confession négative des anciens Égyptiens (la liste de ce qu'on n'a pas fait). Quignard dit avoir pratiqué ces confessions négatives avec Roger Caillois, dont il cite le dernier livre et le fleuve Alphée, mentionne un livre à paraître avec le photographe « François de Conac » (nom approximatif) sur l'acte sexuel, lit un fragment sur le sexe et le baiser, et choisit en musique une suite pour violoncelle et piano de Saint-Saëns. L'émission s'achève par l'annonce de la mort de Rachid Taha et une chanson d'Alain Bashung.

Excerpts

“« Je ne voulais pas être piégé par ce que je pourrais dire, sans doute, ou parce qu'il fallait me fermer à ce qui pouvait être dit. [...] Il y avait un chantage par le silence, un chantage par la faim, pour essayer de survivre. »”

“« Nous sommes des créatures qui avons falsifié le monde par le rêve, qui l'avons falsifié par la langue, par les images, par le désir. Nous ne sommes pas des morceaux de réel, nous sommes des morceaux d'irréel. »”

“« Je crois qu'il y a une valeur bien supérieure, c'est l'imprévisibilité, et ça, ce sont les animaux qui me l'ont appris. [...] Nos sociétés sont tellement répétitives, elles manquent tellement de quelque chose d'absolument neuf qui surgirait. »”