MNEMOSYNEv0.1.2563

Podcasts/Artesquieu/Ocampo, Victoria

Ocampo, Victoria

écrivaine et éditrice argentine, fondatrice de la revue Sur

Victoria Ocampo - Premier entretien (1973)

Artesquieu · Dec 15, 2024

▶ Watch on YouTube

Core ideas

Ce premier entretien retrace les origines du rapport intime de Victoria Ocampo à la littérature française, né dès l'enfance à Paris où, à six ans, on lui lit déjà la comtesse de Ségur. De retour à Buenos Aires, son éducation est confiée à une institutrice française exigeante, Alexandrine Bonnemaison, qui lui fait apprendre par cœur des tirades de La Fontaine, Corneille, Hugo et surtout Racine — ce dernier la marquant profondément dès l'adolescence, au point qu'elle dit se reconnaître, à treize ans, dans le désespoir des princesses et princes raciniens, quoique pour des raisons bien différentes des leurs. Elle raconte avec humour ses rapports conflictuels avec cette gouvernante, notamment un échange resté célèbre où, menacée que son futur mari ne supporterait pas qu'elle lui réponde sans cesse, elle rétorque : « il vous tuera » — « pourquoi lui, pourquoi pas moi ? ».

Le cœur de l'entretien porte sur sa rencontre décisive, vers quinze ans, avec la troupe de Coquelin en tournée à Buenos Aires, et en particulier avec l'actrice Marguerite Moreno, dont la venue dans L'Aiglon d'Edmond Rostand la fascine au point qu'elle apprend la pièce entière par cœur en quelques jours, se reconnaissant dans le personnage du duc de Reichstadt comme dans un miroir de son propre drame d'adolescente. Elle obtient de prendre des leçons de diction avec Moreno — un « bonheur presque absolu », tempéré seulement par le refus de sa famille de la laisser embrasser le théâtre —, leçons au cours desquelles elle découvre Musset, Verlaine et Rimbaud tout en revenant sans cesse à Racine, en particulier au rôle d'Hermione. Moreno, qui la surnomme affectueusement « hérisson », devient une véritable amie, jusqu'à l'inviter à réciter avec elle La Nuit de mai de Musset lors d'une soirée mondaine, un souvenir qu'Ocampo évoque comme un moment de bonheur si intense qu'elle crut, dit-elle avec autodérision, en mourir — sans que cela ne se produise, comme il lui arriva plusieurs fois dans sa vie de le croire.

De retour à Paris vers dix-huit ans pour un séjour de plus de deux ans à l'hôtel Majestic, elle se lie avec Maurice Rostand, fils du dramaturge, tout en restant fidèle à sa passion pour L'Aiglon. Elle évoque ensuite brièvement, sans s'y attarder, son mariage en Argentine — une union de courte lune de miel avec un homme qu'elle avait cru, dit-elle, pouvoir convertir à ses propres idées, suivie d'une longue séparation de fait sous un même toit puis dans des maisons distinctes, faute de divorce possible en Argentine à l'époque et par égard pour ses parents. L'entretien se clôt sur l'évocation de la création du Sacre du printemps de Stravinsky, à laquelle elle assista et dont elle décrit le scandale et le chahut de la salle comme un véritable « tremblement de terre » musical, avant de mentionner sa rencontre avec Stravinsky lui-même en 1934.

Excerpts

“« Un jour elle me sermonnait et parlait du temps où je deviendrais une jeune fille mariable. Je lui dis que mon mari ne devait pas s'attendre à ce que je change, que j'avais l'intention de lui répondre tant qu'il me plairait. Elle eut un mot sublime : "Il vous tuera." Je répondis : "Pourquoi lui ? Pourquoi pas moi ?" »”

“« Quelques jours après, je savais la pièce par cœur, et je n'exagère pas, avec tous les rôles, car je me retrouvais dans ce "pas prisonnier"... née dans un milieu proche-parent de celui de la Casa de Bernarda Alba de Garcia Lorca. »”

“« Il me semblait que c'était un tremblement de terre de la musique — d'ailleurs Cocteau l'a très bien dit, c'était un cataclysme apprivoisé. La salle houleuse de cette première m'avait épouvantée, je n'avais rien vu de semblable, on ne put rien entendre ce soir-là, nous étions pourtant au premier rang des fauteuils d'orchestre. »”