Raspail, Jean
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Core ideas
L'émission s'ouvre sur un jeu de portrait : Raspail se décrit devant un miroir (moustache « plus britannique que gauloise »), puis corrige l'animateur : il n'est pas ethnologue mais un amateur curieux des civilisations en voie de disparition, et ne fréquente guère les salons parisiens. À la question de savoir si la France est une civilisation en train de mourir, il répond que rien ne disparaît définitivement mais qu'elle est en profonde modification, « peut-être plus vers le bas que vers le haut » (la langue, les façons d'être, la courtoisie, la curiosité). Il refuse pourtant de se dire catastrophiste : il juge la période actuelle « passionnante », en plein changement. Il répond sans agressivité à une question sur l'éventuel goût pour la blondeur (suggéré par un journaliste à propos d'un héros blond de son dernier roman) : il évoque les origines wisigothiques de sa famille et balaie l'insinuation d'une arrière-pensée raciale comme « trop facile ».
Sur la décadence, il tempère la chanson de Mouloudji (« il n'y a plus de saison ») en rappelant que Chateaubriand se plaignait déjà de la jeunesse de son temps. Il refuse de juger la jeunesse sur ses goûts et ses modes, état « transitoire », et rejette l'idée qu'il faudrait « une bonne petite guerre » pour la former, tout en disant avoir eu ses quinze à vingt ans pendant la guerre, période « exaltante ». Il se dit « anarchiste de droite » et « réactionnaire » plutôt que conservateur, reconnaît sa formation catholique comme une strate de base, et défend la monarchie non comme un système politique ou une idéologie mais comme « le dépassement vers le sacré de la fonction de gouverner » ; il rappelle que la moitié des pays d'Europe sont encore des monarchies. Il prédit pour l'avenir deux sociétés en France, comme dans la plupart des pays occidentaux : une minorité cultivée qui conservera les valeurs, la connaissance et le goût, et une majorité parlant un jargon de moins en moins compréhensible, ce qui ressemblerait, avec d'autres motifs, à l'ancienne division entre cour et paysannerie.
À la question de savoir pourquoi il était place de la Concorde le 21 janvier (1993) à 10 h 22, il répond qu'il commémorait avec un comité qu'il avait fondé le bicentenaire de la mort de Louis XVI, que les commémorations officielles ignoraient : pour lui, ce n'est pas la mort d'un homme mais celle d'un système, « la mort du sacré dans le pouvoir », la coupure du lien spirituel entre le pouvoir et le peuple (il cite le mot du prince Charles à la télévision sur le « sacré » dans le principe royal). Il estime qu'il n'y a rien de sacré dans la personne de François Mitterrand et donc pas de principe monarchique dans la présidence. Face à un jeune interlocuteur fictif qui dénonce le « pervers, belliqueux, lâche, infidèle, égoïste » de la nature humaine, il répond qu'il est romancier, qu'il aime raconter de belles histoires d'honneur, de fidélité et de pardon (il cite Le Crabe-Tambour et la salle de jeunes gens « pétrifiée »), et qu'on a le droit de ne pas renoncer à ces idéaux même s'il est difficile de les incarner.
L'animateur évoque ensuite son roi favori, Antoine de Tounens, avoué périgourdin devenu en 1860 « roi de Patagonie » (Araucanie) : Raspail raconte qu'il est parti seul avec un uniforme, trois drapeaux, une constitution imprimée, qu'il a été suivi quelque temps par des Indiens, puis arrêté, trahi et mort dans la misère, figure à la fois comique et tragique dont il aime la « majesté de dérision ». Raspail, qui a lui-même planté un drapeau sur une île de Patagonie lors de ses expéditions des années 1950, dit ne pas chercher un royaume mais retourner en Patagonie en février : l'aventure, à l'ère des satellites où il n'y a plus de pointillés sur les cartes, est devenue « intérieure », dans la tête. Il se dit enfant (collectionneur de soldats de plomb qu'il installe sur le plancher tous les deux ou trois ans) et « rêveur » à la manière de la Quête de Brel. Interrogé sur sa nostalgie, il dit avoir un pied très ancré derrière et un pied très en avant, ses romans ayant été jugés anticipateurs ; il aurait voulu voir naître le royaume de Jérusalem après la première croisade. Il écrit toujours pour lui d'abord, jamais un livre inutile, par orgueil ou vanité selon l'angle. Son dernier livre à l'époque, publié chez Robert Laffont, a pour titre une phrase d'ouverture : « Ces cavaliers quittèrent la ville au crépuscule par la porte de l'Ouest qui n'était plus gardée ».
Excerpts
“« La monarchie n'est pas un système politique, la monarchie n'est pas une idéologie. [...] C'est le dépassement vers le sacré de la fonction de gouverner. [...] Il faut quand même que je vous rappelle que nous avons passé deux cents ans en république, mais le reste du temps en monarchie, et que plus de la moitié des pays qui composent l'Europe sont en monarchie. »”
“« Ce n'est pas la mort d'un homme, c'est la mort de tout un système, c'est la mort du sacré dans le pouvoir. C'est la coupure de cette sorte de lien spirituel qui liait le pouvoir au peuple. »”
“« Moi j'ai mené ce genre d'aventure après la guerre, quand ça existait encore. Il y avait des pointillés sur la carte, sur les cartes de Terre de Feu par exemple toutes les îles étaient pointillées. [...] L'aventure est intérieure, même. Quand on voyage on transporte son univers avec soi. Moi je retourne en Patagonie, au détroit de Magellan, au mois de février : c'est une aventure pour moi de nouveau, l'aventure c'est dans la tête. »”