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Cioran, Emil

essayiste, né en Roumanie en 1911, installé à Paris depuis 1937

Emil Cioran - Entretien (Des idées et des hommes)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: partial (un entretien d'environ vingt minutes dont la transcription automatique est très fortement déformée, par endroits quasi illisible ; seuls les fils d'argument que l'on peut reconstituer avec une confiance suffisante sont rapportés, les passages douteux sont omis)

Core ideas

Présentation du Précis de décomposition. L'intervieweur présente Cioran comme un auteur alors presque inconnu, couronné par le prix Rivarol (destiné à aider des écrivains étrangers de langue française, décerné par un jury de personnalités littéraires), et qualifie son livre de « pamphlet philosophique violent » : de courts chapitres serrés dont la confidence sous-jacente serait une plainte tragique et désespérée, une accusation contre le monde tel que l'homme l'a fait. Cioran dit mener à Paris « une vie d'étudiant ».

La condition de l'étranger ou « métèque ». Interrogé sur le chapitre « Tribulations d'un métèque », Cioran précise qu'il pensait moins à la situation de l'étranger au sens strict qu'à la condition de l'intellectuel dans une civilisation qui a perdu sa foi et sa mythologie : il rapproche le « solitaire venu d'ailleurs » du sophiste grec ou du théologien dans une Rome qui ne croyait plus à rien, et dit qu'il parlait de l'Occident en général plutôt que de Paris. L'intervieweur cite la phrase liminaire du chapitre (« citoyens du monde et du monde nuls » : un déraciné sans nom ni vigueur) et Cioran confirme y souscrire pour l'essentiel.

Un Occident finissant ? Cioran affirme avoir « l'intuition depuis longtemps du manque de vitalité » de l'Occident et le décrit comme une civilisation qui se sait condamnée sans oser le dire ; l'intervieweur lui demande des faits plus objectifs. Il répond que sa vision vient de ses lectures sur la fin des civilisations (il évoque Spengler, d'après le transcript déformé, et des historiens de la fin de Rome) et d'analogies entre l'état d'esprit de son temps et celui de Rome avant l'invasion : l'éclectisme, l'incapacité de poser des idées originales, l'affaiblissement de l'intensité sur tous les plans, y compris religieux (le catholicisme défendu sans ferveur). L'intervieweur nuance en soulignant que l'Occident ne se limite plus à une nation ou à une ville mais englobe l'Europe, l'Amérique et toutes les « colonies intellectuelles et spirituelles » de l'esprit d'analyse et de conquête de l'Occident.

Drame personnel et métaphysique. Quand l'intervieweur transpose cette vision à son « drame intérieur », Cioran explique que son point de départ est une anxiété native, personnelle et métaphysique, que sa condition d'étranger a pu exaspérer mais à laquelle il dit que sa vision du monde ne doit pas son origine. Il se dit « théoriquement » détaché de tout, rapproche cet état du détachement des moines bouddhistes, tout en admettant que, dans la pratique, il ne l'est pas ; l'intervieweur remarque que son détachement est plutôt subi et douloureux, d'où la figure de l'exilé qui reporte sa ferveur sur d'autres contrées.

Enthousiasmes et désillusions, la tragédie. Cioran raconte ses emballements successifs : la métaphysique allemande, puis les moralistes français (Joubert, d'après le transcript déformé), ainsi que des philosophes comme Bergson qui l'ont fini par décevoir ; il parle d'idoles dressées puis tombées en décomposition, de ferveur usée. Il décrit sa vision de la vie comme attentive aux aspects négatifs, à ce qui se décompose (l'envers de l'élan vital), limitée mais correspondant à son état. Il trouve la tragédie plus proche de la vérité que la philosophie et estime que tout ce qui n'est pas tragédie est accidentel (l'intervieweur objecte que l'échelle du tragique n'est pas celle du quotidien).

Un destin généralisable ? À la question de savoir si ce destin de l'homme sans patrie, qui a perdu celle de la chair et n'a pas trouvé de patrie de l'esprit, vaut pour le monde actuel, Cioran répond que ses textes ne sont pas un modèle mais décrivent de plus en plus la situation de tous : plus personne n'aurait de patrie éternelle, les attachements seraient devenus provisoires. Le transcript s'interrompt sur la fin de cette réponse.

Excerpts

“« l'intuition depuis longtemps du manque de vitalité »”

“« ma vision du monde n'est pas dû à ma condition »”

“« il y a plus de vérité dans macbeth que n'importe quel bouquin de philosophie »”