Kojève, Alexandre
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (extraits très brefs ; transcription automatique lacunaire et par endroits incohérente, la partie sur la conférence est difficile à reconstituer, les passages douteux sont signalés)
Core ideas
Dans l'extrait de conférence, Kojève expose des principes de la logique du discours. On peut dire d'une chose qu'elle est ou qu'elle n'est pas, mais pas les deux à la fois : un discours contradictoire n'est pas faux mais « existe » comme équivalent du silence, qui annule le discours (d'où l'idée que beaucoup de gens « se taisent sans s'en rendre compte »). Il illustre ce point par l'exemple du café : si l'on demande au garçon « apportez-moi de la bière, mais ne m'apportez pas de bière », on n'a rien dit. Il raconte avec humour avoir « découvert une preuve logique de l'existence de Dieu », ce qui l'a « très embêté », car on en cherche depuis deux mille ans, avant de conclure que « heureusement c'est faux » ; les passages sur ce raisonnement (pommes partiellement rouges, « 90 % rouges et 10 % vertes ») sont très déformés dans la transcription.
Il distingue ensuite plusieurs formes du discours selon leur efficacité : le discours qui agit sur autrui, comme la prière (le discours seul agit, sans médiation, mais n'est pas nécessairement efficace) et l'ordre ou commandement (nécessaire parce qu'adossé à une contrainte sociale : « si personne n'est prêt à défendre cet ordre les armes à la main », le garçon n'apporte pas la bière ; un impératif catégorique). Il ajoute que le discours « implique logiquement la prière » et prend l'exemple d'une déclaration d'amour, qui ne peut obliger la personne aimée.
La seconde partie est l'enregistrement de sa dernière intervention, le 4 juin 1968, devant le groupe de travail de la politique commerciale du Marché commun : il défend l'idée qu'une politique commerciale commune n'existe pas encore et qu'il faut prévoir, sans attendre, une clause (peut-être transitoire) applicable automatiquement par les six pays membres, plutôt que de ménager des exceptions. L'enregistrement s'achève avec l'annonce, par un participant, de sa mort survenue à la fin de la réunion : « il nous a donné ce matin, avant de mourir sous nos yeux, un dernier échantillon de son talent et de ses saillies », puis une minute de silence.
Excerpts
“« Si vous demandez au garçon : apportez-moi de la bière, mais ne m'apportez pas de bière, vous n'avez rien dit. Voilà pourquoi la contradiction annule le discours : un discours contradictoire existe, mais il est l'équivalent du silence. C'est pourquoi beaucoup de gens se taisent sans s'en rendre compte. »”
“« Quand je demande au garçon : apportez-moi de la bière, le garçon m'apporte la bière parce que tout ceci est dans un ordre social qu'il faudrait défendre les armes à la main. [...] C'est un impératif catégorique, c'est un ordre. »”
“« Il nous a donné ce matin, avant de mourir sous nos yeux, un dernier échantillon de son talent et de ses saillies qui avaient fait sa réputation. [...] Je voudrais seulement vous prier de bien vouloir observer à sa mémoire une minute de silence. »”