Foucault, Michel
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (une interview filmée d'environ vingt minutes ; transcription automatique globalement lisible, avec quelques déformations de noms propres)
Core ideas
Le fil conducteur : dire ce que nous sommes. Interrogé sur l'itinéraire qui l'a mené de la folie à la médecine, à la prison puis à la sexualité et au droit, Foucault répond qu'on ne dégage le fil conducteur qu'à la fin et qu'il ne se considère « absolument ni comme un écrivain ni comme un prophète » : il travaille au gré de sollicitations et de conjonctures. Il situe sa cohérence dans une tâche que la philosophie moderne s'est donnée depuis Kant (« qu'est-ce que les Lumières ? ») : dire ce que nous sommes, ce qu'est notre présent, ce qui est une « question d'actualité » héritée de Hegel et de Nietzsche.
Entre phénoménologie, marxisme et histoire des sciences. Foucault rappelle le paysage des années 1950 : la phénoménologie (dominante, mais au « concret » un peu académique : l'expérience vécue, la perception d'un arbre), le marxisme (qui laissait de côté les contenus historiques concrets, ses analyses étant comme des « habits de confection mal ajustés »), et l'histoire des sciences (Bachelard, l'historicité de la raison). Il se situe au croisement de ces courants en posant la question d'expériences collectives et sociales (la folie comme structuration sociale et culturelle de l'expérience, avec ses institutions et pratiques), et du devenir de la folie en objet de savoir pour une médecine mentale. Un quatrième courant, littéraire (Blanchot, Bataille), lui a donné l'intérêt pour les expériences limites (folie, mort, crime), qu'il utilise pour interroger la raison, la loi ou le système pénal.
Pouvoir, gouvernementalité. Il critique les analyses philosophiques et marxistes du pouvoir (recherche de son fondement juridique, ou simple reconduction des rapports de production), qui l'ont conduit à étudier comment le pouvoir fonctionne effectivement. Le pouvoir n'est pas une puissance occulte qui étranglerait la société : « le pouvoir, c'est des relations, ce n'est pas une chose », une relation où l'un peut conduire la conduite d'un autre ; il propose le terme de gouvernementalité (gouverner une société, un groupe, une famille) au sens large, en observant que le nombre d'objets de gouvernement (la consommation, par exemple) a augmenté sans que cela prenne toujours la forme de l'enfermement ou de la surveillance.
Histoire des problématisations. Foucault décrit une histoire qui part de l'actualité et choisit des points « fragiles » ou sensibles de notre système de pensée (la crise latente des hôpitaux psychiatriques vers 1955, évoquée aussi pour Laing et Cooper en Angleterre). Son but n'est pas de montrer que nous sommes enfermés, mais l'inverse : rendre les évidences fragiles. L'exemple de la prison : l'idée que la privation de liberté est la peine la plus naturelle est une invention historique de la fin du XVIIIe siècle, et « du moment qu'elle est historiquement constituée, elle peut être politiquement détruite ». Il se dit historien des problématisations (comment et pourquoi la folie, la maladie, la sexualité « font problème » sur un mode particulier à chaque époque : Grecs, chrétiens, modernes), plutôt que des théories, des idéologies ou des mentalités.
Le droit, la guerre. Il explique son intérêt « de laïc » pour le droit : comment les technologies de gouvernement prennent forme dans une société qui prétend fonctionner au droit. Il ajoute que la question du fondement du pouvoir reste essentielle (elle est la question critique de notre culture), même s'il n'y a pas de fondement trouvé. Après la folie, la maladie, le crime et la sexualité, il aimerait étudier la guerre et l'institution militaire : comment une nation peut demander à quelqu'un de mourir pour elle, à la croisée du droit des gens et de la justice militaire.
Excerpts
“« Je ne me considère absolument ni comme un écrivain ni comme un prophète. »”
“« Le pouvoir, c'est des relations, le pouvoir ce n'est pas une chose. »”
“« Du moment qu'elle est historiquement constituée, [cette évidence] peut être politiquement détruite. »”