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Chemetov, Paul

architecte et urbaniste, auteur notamment de travaux sur le Forum des Halles et le ministère de l'Économie et des Finances à Paris

Rudy Ricciotti et Paul Chemetov - Discussion sur "Les possibilités d'une ville"

Artesquieu · Aug 26, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique par endroits très déformée ; les passages incertains sont omis ou signalés)

Core ideas

L'émission part de l'expérience du confinement : Ricciotti y voit surtout la « soumission » et la docilité des Français, Chemetov rappelle que le mot « confinement » définit l'architecture, qui délimite un espace, et que l'épreuve a accentué les injustices entre les mal-logés (petits logements sans espaces extérieurs) et ceux qui ont terrasses et balcons. Les deux architectes sont sceptiques quant à une évolution du logement : pour Ricciotti, la conception du logement échappe aux architectes, pris entre normes très codifiées, spéculateurs et organismes de logement social (il affirme que le logement social est très rentable) ; les façades se ferment, les fenêtres rétrécissent sous l'effet d'une « paranoïa thermique », et les logements restent petits. Chemetov ajoute qu'il n'existe pas de « beau trois-pièces de 57 m² » comme le promettent les promoteurs, que les normes environnementales servent aussi à vendre de l'isolant (alors qu'il existe « mille solutions autres que le polystyrène ») et qu'il manque à ces logements au moins un espace extérieur, « une chambre dehors ». Ricciotti critique le « contreplaqué » et la filière bois prônée par les écologistes (déforestation, durabilité jugée courte), tandis que Chemetov nuance : il n'a rien contre le bois, il s'agit de bon usage des matériaux.

Sur la maison individuelle, Chemetov constate qu'on construit depuis trente ans plus de pavillons que de logements collectifs en France, avec « le rond-point, la grande surface et la zone pavillonnaire » à l'entrée de chaque village, et que les maisons sur catalogue sont « mal dessinées, mal distribuées, petites et chères », contrairement aux maisons des pays du Nord construites avec des architectes ; Ricciotti met en cause la bureaucratie, qui multiplie les normes, et les « mythologies anglo-saxonnes » de l'humilité et du banal. Chemetov raconte avoir conçu un prototype pour les maisons Phénix, visité par quinze mille personnes et commandé par deux mille, à qui on a ensuite conseillé, pour quelques dollars de moins, de « se passer d'architecte ». Le livre, expliquent-ils, est né d'une rencontre improbable entre deux hommes aux cultures et mémoires architecturales opposées, pour montrer aux jeunes confrères qu'on peut exister « dans la dignité » sans se plaindre, et rappeler qu'un architecte est « étymologiquement le chef des constructeurs », aujourd'hui souvent privé de chantier.

À propos de Notre-Dame, les deux estiment bon que l'on restaure à l'identique, mais regrettent qu'on abatte des chênes bicentenaires pour refaire une charpente en bois qui brûlera de nouveau, alors qu'une charpente en métal ou en béton existe déjà (Reims, Chartres, Nantes) : Chemetov y voit un choix « consensuel donc paresseux » et rappelle que le parvis a été fermé pour pollution au plomb tandis que le projet retient un toit en plomb. Ricciotti revendique un architecte « du Sud », latin, méfiant devant les influences anglo-saxonnes ; Chemetov insiste sur l'urbanisation de la France devenue majoritairement urbaine (les agriculteurs sont à quatre ou cinq pour cent) et sur l'idée que « ce qui fait la ville, ce n'est pas les maisons, c'est ce qu'il y a entre les maisons » : l'espace public. Ils s'opposent aussi sur la modernité (Ricciotti rejette la « rupture » moderne et se dit maniériste, Chemetov rappelle l'inachèvement du projet moderne), critiquent le porte-à-faux comme « névrose » ou prouesse gratuite, défendent la réparation et la transformation des grands ensembles plutôt que leur démolition (Lacaton et Vassal), et déplorent que les concours d'architecture soient jugés davantage sur le rabais d'honoraires que sur le projet. Ricciotti conclut en invitant les jeunes architectes à lire le livre, à apprendre « la courtoisie et la civilité » et à garder « le goût du combat ».

Excerpts

“« Quand vous voyez les publicités des promoteurs, un beau trois-pièces de 57 mètres carrés, il n'y a pas de beau trois-pièces de 57 mètres carrés. [...] Il manque surtout un minimum d'espace extérieur, une chambre dehors d'au moins la même surface, sur laquelle on peut mettre une table et quatre chaises. »”

“« Toutes les charpentes de cathédrales en bois ont brûlé, et aujourd'hui vous citiez Reims, Chartres est en métal, et si à Nantes il y a eu un incendie, pourtant volontaire, il n'y a pas eu plus de dégâts, c'est que la charpente avait déjà été faite en béton. Il ne s'agit pas de changer l'image extérieure, la carte postale de rêve d'un lieu de culte. »”

“« Ce qui fait la ville, ce ne sont pas ces maisons, c'est ce qu'il y a entre les maisons : c'est l'espace public, partagé, pratiqué, gratuit. Et ça veut dire que l'espace public ne peut pas être une série de bordures de trottoirs, de deux feux rouges, de bandes cyclistes. »”