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Vienne, Gisèle

metteuse en scène et chorégraphe, née en 1976

Gisèle Vienne - Entretien (Par les temps qui courent)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres et quelques phrases ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

Gisèle Vienne explique d'abord son rapport à la culture rave et techno des années 1990 : elle a découvert les fêtes à Grenoble puis à Berlin au milieu des années 1990, dans des lieux improbables (squats, clubs mythiques, architectures puissantes) et dans l'énergie qui suivit la chute du Mur. « Crowd » part de la fête mais pas seulement de la rave : elle voulait parler d'une fête de la fin du XXe siècle et du début du XXIe, à partir de sa mémoire sensible, affective et amoureuse, en regard du « Sacre du printemps » (qui reste la matière de départ, avec l'idée du sacrifice et de l'« élu » sans que la référence soit affichée). La pièce superpose au moins trois temporalités (le temps de la lumière de Patrick Riou, de la musique, de la chorégraphie) et joue avec le temps « ressenti » : ralentis, boucles, saccades, rappelant au spectateur qu'une seconde peut durer longtemps. Les quinze interprètes (dont quatorze danseurs professionnels) sont volontairement jeunes d'allure et travaillent à retrouver leur corps « privé », maladroit et sensuel, plutôt que leur technique ; la pièce vit, dit-elle, dans un état de présence « hypersensible » obtenu notamment par la méditation, et non dans l'imitation du ralenti ou d'un effet spécial. Elle revendique Jacques Tati comme « grand maître de l'orchestration » des paramètres (son, lumière, mouvement) et le théâtre nô pour l'« accord » entre interprètes et spectateurs au début de la pièce.

Elle défend un théâtre « vécu » plutôt que « joué » (en lien avec Michel Leiris, Georges Bataille, Roger Caillois), où ce qui est sur le plateau est réellement éprouvé et rejoué chaque soir (« si on refait à la perfection ce qu'on a fait la veille, la pièce est morte »). La fête, dit-elle (avec une archive d'Aurélien Bellanger sur la « surprise métaphysique » du dérèglement), est l'un des espaces de transgression et de dépense improductive que les sociétés laïques ne pensent pas assez ; elle les retrouve dans le punk, le rock, la techno, le black metal, et dit que l'art ne doit pas glisser vers le divertissement ni la pédagogie mais rester lié à l'expérience archaïque, voire religieuse. Elle évoque les textes et personnages inventés avec Dennis Cooper et les interprètes (« chaque personne apporte tout un roman »), la photographie infrarouge de fêtes et la lumière de flash qui « brûle » les corps (inspirée d'une exposition de photographies d'animaux de nuit), les lumières de stades (le Parc des Princes), et la question de la violence : l'art permet de dialoguer avec nos pensées et sentiments « inavouables », sans les nier ; en référence à Dominique Brun, le sacrifice du « Sacre » peut réunir le groupe, et regarder ensemble un spectacle peut produire un partage social des émotions (elle cite le psychologue Bernard Rimé). Elle plaide enfin pour qu'on prenne au sérieux l'émotion en création contemporaine, malgré la suspicion de manipulation.

Excerpts

“« La distinction entre théâtre vécu et théâtre joué est essentielle pour moi. Ce qui m'intéresse dans le théâtre, c'est le théâtre vécu : cette très forte réalité d'être au plateau. [...] Si on refait à la perfection ce qu'on a fait la veille, la pièce est morte. »”

“« Ce qui m'intéresse, ce sont les espaces qu'il faut continuer d'inventer, de réinventer, de développer dans nos sociétés : des espaces de dérèglement, de transgression, de dépenses improductives. Je pense que chacun de nous est en quête d'expériences profondes, d'expériences métaphysiques. »”

“« L'art n'est pas de la pédagogie, l'art n'est pas du divertissement. L'art, pour moi, va du côté de l'expérience archaïque. [...] Nos pensées et sentiments inavouables ne sont pas un problème : ils font partie de l'être humain. »”