de Saint-Exupéry, Antoine
▶ Watch on YouTubeCoverage note: extraits (enregistrement informel, improvisé, avec des fragments de voix hésitante ; la transcription est approximative et le récit est parfois décousu)
Core ideas
Saint-Exupéry reprend son récit à la deuxième partie, après la première partie conclue sur le pilote et le radio-télégraphiste, dans un monde de « mutations » (les affectations successives) que certains subissent et que d'autres aiment : il raconte l'anecdote d'un camarade de Casablanca, avec une compagne insupportable, que l'ordre de partir pour l'Amérique du Sud, annoncé juste au moment du décollage, délivre. On retrouve donc l'équipage en Amérique du Sud, à une époque d'enthousiasme pour les lignes aériennes (les municipalités paient leurs terrains, le mot « progrès » y a encore un sens concret), où le pilote, forcé d'atterrir (une petite panne ou un bras cassé), est hébergé dans une vieille Ford par un homme au drôle de chapeau, un éleveur d'abeilles vivant avec deux jeunes filles silencieuses.
Il improvise là une scène presque de conte : les jeunes filles s'apprivoisent et deviennent graves, l'« invention du sourire » naît à la place du rire, les abeilles (« n'aiment pas qu'on parle fort ») s'étaient brouillées avec la famille avant l'arrivée du pilote et se réconcilient avec lui, un inspecteur trop bavard se retrouve chanter sous le nid d'abeilles qui va l'attaquer, une jeune fille raconte l'épisode d'un cobra qui l'a suivie dans un arbre et qu'elle refuse qu'on tue puisque « il m'avait donné la vie » ; le pilote, qui découvre qu'il est « arrivé » dans un monastère de paix, apprend que l'on est « gouverné par sa propre densité » et par le réseau de liens qui nous constitue, avant de devoir repartir (l'avion et la compagnie le rappellent, après une recherche d'un autre équipage disparu). Au moment de partir, au lieu d'embrasser la jeune fille, qui s'est éprise de lui, il lui parle longuement des étoiles et des animaux : par responsabilité (« être homme, c'est être responsable »), il la guérit de l'amertume en élargissant son amour, ce qui, pour Saint-Exupéry, marque sa « naissance à la grandeur », celle d'un berger.
La troisième partie se déroule en Afrique : un accident de nuit, vu par l'équipage (geste entendu entre le pilote, le radio et le mécanicien), puis le désert, la recherche du signe que la vie est possible (le brin d'herbe), les mirages et les hallucinations, notamment celle d'une vieille gouvernante qui offre du lait, qu'il rapproche de l'arrivée au couvent de Terre des hommes, où le héros se répète quinze fois la montée de la colline : un récit qui revient en boucle, perfectionné, de plus en plus assoiffé. La rencontre des dissidents (« Arabes » dans le récit), qui sauvent les hommes mourant de soif, fait de ces derniers leurs « fils » et empêche qu'on les massacre : « celui auquel on a donné la vie, on ne peut plus le massacrer » ; les dissidents veulent attaquer le poste d'Atar, mais redoutent le départ du capitaine Bonnafous, leur ennemi respecté, et se trouvent pris dans un « mélange de guerre et d'amour ». L'aviateur voit dans ce passage que pour l'équipage, perdu sur une planète désertique, la marche a été « la montée vers l'homme », vers l'espèce humaine, découverte chez les Arabes, et que le pilote devient « un berger immense », figure qui protège les familles sans entrer dans leur vie, comme un prêtre. Il termine en demandant dix minutes de réflexion pour trouver la conclusion de l'histoire des jeunes filles, avant de dire à Renoir son amitié pour les Américains.
Excerpts
“« Il est comme responsable d'elle, et ce sentiment de responsabilité de l'homme sur l'ensemble de la planète, dont il faut rendre compte, plus on va, être homme, c'est être responsable. Il est responsable de cette âme de petite fille qui va peut-être être abîmée par une forme de chagrin, par l'amertume. [...] Au lieu de l'embrasser, il lui fait un discours sur les étoiles et les animaux. »”
“« Les hommes meurent de soif, et évidemment quand on les retrouve, c'est une espèce de grande fête : on leur donne à boire. [...] Ils ont été sauvés par les autres, ils sont devenus en quelque sorte leurs fils, et on ne peut pas massacrer celui auquel on a donné la vie : celui-là, on en est ensemble responsable. »”
“« Pour l'équipage, pour le pilote, ça avait été la montée vers l'homme. Une fois perdu sur cette planète désertique, où l'humanité avait émigré en les oubliant, il s'était mis en marche, non pas vers un bistrot comme dans la campagne française, mais progressivement vers l'espèce humaine. Et quand ils ont rencontré les Arabes, c'est l'espèce humaine qu'ils ont découverte en eux. »”