Morand, Paul
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Morand retrace d'abord ses débuts : un premier recueil de poèmes publié à la librairie du Sans Pareil, en 1918-1919, dans l'entourage dadaïste puis surréaliste (Breton, Aragon, Soupault, Picabia), accueilli poliment « au moment où le canon vient de se taire ». Il raconte comment Tendres stocks a été préfacé par Proust, que lui avait présenté Henri de Régnier, et sa première rencontre avec un Proust qui savait qu'il plaçait son œuvre très haut ; il l'a revu une dernière fois sur son lit de mort en 1922. Il décrit Ouvert la nuit comme de petits croquis de voyage à travers l'Europe en tant que porteur de valise diplomatique, qui répondaient à l'attente d'un public devant un monde aux frontières levées, suivi de Fermé la nuit, puis de romans plus amples (Lewis et Irène, Bouddha vivant). Il voyageait trop vite, en avion et en bateau, par « raids », ce qui lui est devenu odieux, et il a peint « un monde qui n'allait pas durer » jusqu'en 1935. Il évoque ses portraits de villes (New York, Londres où il a vécu huit ans, Bucarest), ses chroniques au Figaro (1932-1939), ses refus d'écrire pour le théâtre, ses biographies (Maupassant, Fouquet, Giraudoux, souvenirs de jeunesse avec ce dernier, qui fut son répétiteur à Munich et un coureur à pied plus rapide), Le Visiteur du soir (Proust, ses dîners au Ritz, sa prodigalité), son Journal d'un attaché d'ambassade, une correspondance de quinze mille lettres avec Jacques Chardonne qu'ils comptent publier plus tard, et l'Espagne comme pays étranger qui lui a le plus apporté parce qu'il ne ressemble à aucun autre.
Il dit n'avoir pas de roman en projet, être « un très bon lecteur mais s'arrêter au seuil » du Nouveau Roman, préférer les mots français d'origine médiévale à ceux d'origine abstraite gréco-latine à partir du XVIᵉ siècle, et décrit sa bibliothèque dispersée en trois maisons. Il parle de son anthologie : une histoire de l'équitation « vue par les Français » en trois cents auteurs (Bible, Grèce, Virgile, Rabelais, Montaigne, Newcastle, La Guérinière, Baucher, Caprilli, Podhajsky, etc.), illustrant la concision et la clarté du français des hommes qui n'étaient pas hommes de plume ; il estime qu'il a été impartial, que beaucoup d'ouvrages étaient introuvables, et que l'âge d'or de l'équitation va de 1750 à 1850 en France. Il monte à cheval depuis soixante-cinq ans et dit ne pas savoir encore monter. Sur le métier d'écrivain, il dit que « le papier blanc est un mur sur lequel il faut construire », qu'il ne peut écrire assis à une table, que l'observation doit être doublée d'attention et de mémoire, que ses « anges gardiens » ont été Giraudoux, des hommes peu connus comme Armand Charpentier, Philippe Berthelot et Laval.
Excerpts
“« Quand j'ai montré mes essais d'abord à Henri de Régnier, il m'a dit : voulez-vous que je donne un bal ou que je présente le livre ? J'ai dit non, j'aimerais mieux que vous fassiez une préface que donner un bal. [...] Proust avait entendu dire que je plaçais son œuvre très haut. »”
“« J'étais passionné par le spectacle du monde, mais en me rendant compte que le monde que je voyais n'allait pas durer très longtemps : c'est cette espèce de menace, de suspens, d'imminence qui m'a rendu le monde si intéressant, et j'ai décidé de le peindre tel qu'il est encore, jusqu'en 1935 à peu près. »”
“« Le papier blanc est un véritable mur, et c'est un mur sur lequel il faut construire. [...] Il y a trois choses importantes pour un écrivain : l'observation, l'imagination, le style, mais deux seulement peuvent suffire. [...] Un écrivain qui ne se concentre pas et qui n'a pas de mémoire, c'est pas la peine qu'il écrive. »”