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Léautaud, Paul

écrivain et chroniqueur, longtemps secrétaire du Mercure de France, auteur du Petit Ami et d'un Journal littéraire

Paul Léautaud - Entretiens (Partie 1)

Artesquieu · May 4, 2021 · partial coverage

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Coverage note: full - le début du premier entretien est répété dans l'enregistrement ; transcription très altérée par la voix de Léautaud et la qualité sonore.

Core ideas

Robert Mallet ouvre la série en rappelant que Léautaud, à 78 ans, se présente comme un homme qui a « toujours su regarder, écouter, deviner », doté d'une mémoire exceptionnelle des sensations. L'entretien reconstitue son enfance. Son père, fils de paysans venu à Paris comme apprenti chez un oncle bijoutier, passa par le Conservatoire et joua sur les boulevards avant de devenir souffleur à la Comédie-Française, peut-être à cause d'un défaut de prononciation. Sa mère était une jeune comédienne, sœur de la maîtresse de son père. Né rue Molière en 1872, Léautaud fut abandonné par elle presque aussitôt et confié à une nourrice qui faillit le laisser dépérir, puis élevé rue des Martyrs par la vieille bonne Marie Pezé. Il ne revit sa mère que de rares fois et dit n'avoir jamais souffert de son absence : ses visites étaient plutôt une épreuve. Il se décrit enfant comme solitaire, préférant les petites filles aux garçons, passant des heures sous la table avec son chien, bon élève indiscipliné, auteur d'une école buissonnière de quinze jours sur la butte Montmartre.

Il grandit pour ainsi dire dans le trou du souffleur de la Comédie-Française, où son père l'emmenait trois fois par semaine. Il y aperçoit Sarah Bernhardt, Mounet-Sully et Victor Hugo, qui lui tapote la joue, et prend goût pour la vie à Molière, Marivaux et aux cérémonies du Bourgeois gentilhomme plutôt qu'à Corneille, Racine ou Hugo. Il garde un souvenir humiliant des étrennes : chaque premier de l'an, sous la menace des claques, son père l'envoyait souhaiter la bonne année aux sociétaires pour empocher l'argent. Il décrit ce père moins méchant qu'indifférent, coléreux, grossier, anticlérical, entouré de chiens et de maîtresses successives. Une scène de vaudeville à Courbevoie, où une nouvelle compagne remplace l'ancienne pendant qu'elle part en tournée, s'achève par la cohabitation des deux femmes pendant des mois. Lorsqu'il remporte un concours de lecture, son père, occupé à jouer aux cartes, le chasse du café. Léautaud refuse pourtant le mot « choqué » et estime que ces années l'ont fait « le bonhomme qu'il est ». Il décrit sa première communion faite machinalement, son dégoût des parades militaires et le refus d'assister aux funérailles de Victor Hugo.

Il retrace ensuite une longue suite d'emplois : la Compagnie des Zincs, une maison de produits chimiques où il portait un pantalon trop grand, une affaire d'eaux minérales et le journal boulangiste La République française. Il fit aussi un engagement de trois mois chez les chasseurs à pied, d'où il fut réformé pour ses yeux, puis vendit des gants dans une ganterie en griffonnant des vers entre deux clients. Il dit n'avoir jamais connu la pauvreté, même en mangeant pendant huit ans un bondon de Neufchâtel à chaque repas. Suivent dix ans de cléricature chez un avoué, où il traite des divorces (dont celui du peintre La Gandara), puis un poste chez un administrateur judiciaire. Il y pose les scellés de l'affaire Humbert. Il quitte cette place après avoir refusé de dénoncer un collègue qui avait détourné 42 000 francs. Dans ces métiers, personne ne sut jamais qu'il écrivait. Il évoque aussi son amitié d'adolescence avec Adolphe van Bever, une brève envie d'être comédien et une liaison avec une jeune femme qui inspira les élégies de ses débuts.

La dernière partie porte sur sa « crise » poétique. Vers vingt ans, il écrivait cent à cent cinquante vers par jour, d'abord inspirés de Coppée puis de Mallarmé, « son maître » quand il le découvrit. Il en publie quelques-uns dans Le Courrier français (1893) et au Mercure de France, puis les détruit, si bien que Mallet doit lire lui-même des fragments de ses élégies mièvres et très « fin de siècle ». Il revient sur Verlaine, qu'il croisait au café et dont il suivit les obsèques. Il juge que Le Bateau ivre manque de sincérité et que le symbolisme ne fut qu'une influence étrangère qui « n'a jamais pris » sur lui. Il évoque son accoutrement excentrique d'alors, ses lectures de jeunesse (Renan, Barrès, dont il récite une page, Taine, Anatole France qu'il n'a jamais aimé, les Goncourt) et surtout Stendhal, découvert tôt, qui lui donne pour modèle Julien Sorel. Il explique la naissance de son Journal, commencé vers 1894-1895, comme un « dédoublement » devenu discipline. Il affirme une esthétique d'écrire « d'un seul trait », dans le plaisir, en lisant toujours plus pour la manière que pour l'histoire.

Excerpts

Léautaud se décrit comme un observateur sous des dehors endormis (paroles qu'il cite lui-même) :

“j'ai tout de même vu dans ma vie quelques petites choses j'ai connu des gens collectionner quelques idées passé dans bien des milieux appris bien des choses j'ai toujours su regarder écouter deviner curieux en dedans si je puis dire ayant toujours l'air de dormir mais voyant et entendantes où j'ai une mémoire merveilleuse et une grande capacité à retrouver les sensations éprouvées”

Le souvenir des étrennes extorquées aux comédiennes :

“la seule chose que je ne peux pas lui pardonner de spa le mans venait au taf 3 c'est le de chaque jour de l'an n'est ce pas [...] et alors là sous la menace de claques de tous la menace de claques il m'envoyait souhaiter la bonne année à toutes ces dames sociétaires martyrs pour moi un martyr [...] un enfant aussi timides”

Sur sa manière de lire, attentive à l'écriture plutôt qu'à l'histoire :

“je n'ai jamais rien lu dans ma vie sans regarder beaucoup plus comment c'est écrit que ce que ça raconte [...] moi c'est en lisant d un crime à deux cartons qu'il ya prés écrire les gens qui pue objectifs des gens qui bavardaient [...] je n'ai commencé à écrire comme [...] en courant et que le regrette [...] en courant comme ça d'un trait de plume”