Knausgård, Karl Ove
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (la transcription automatique ne rend souvent que des fragments de la traduction simultanée, ce qui limite la précision des citations)
Core ideas
L'émission s'ouvre sur un extrait d'En été où Knausgård célèbre la répétition : « les répétitions transforment le temps en un endroit, les jours en une maison dont elles constituent les murs, le sol et le toit ». À l'intervieweuse qui lui dit connaître tout de lui après des années de lecture, il répond que la vie intérieure et les événements extérieurs diffèrent et que c'est sur cette différence qu'il écrit. Il rappelle avoir toujours voulu être écrivain, avec l'impression d'avoir « un monde à côté du monde », et dit avoir été bloqué jusqu'à la lecture de Proust à vingt-six ans, qui l'a « happé » et lui a permis d'écrire ; l'écriture a été pour lui une sorte de procès intérieur, et il écrit pour abolir la distance entre lui et le monde. Interrogé sur la nature, il dit qu'elle est très importante pour lui car la vie humaine est un cercle clos dont l'écriture permet de sortir.
Un extrait de Francis Ponge sur la parole qui « rougit et éclaire du fait qu'elle ne fait que se dire elle-même » et sur le lecteur qui « fait le livre en le lisant » sert de point de départ à une discussion : Mon combat ne l'a pas guéri, ni changé de manière thérapeutique (ce n'était pas le but) ; il a détruit « la petite identité » qu'il avait, il a modifié son rapport à son père et à la mémoire familiale (un oncle n'a pas accepté la transcription de la réalité familiale), et l'écriture a été pour lui « une perdition de soi », comme la lecture dissout dans le texte. Sur la solitude, il raconte avoir cru, avec une vision romantique, qu'écrire exigeait l'isolement (phares, îles, cabanes en forêt) mais n'avoir rien écrit ; avec l'arrivée de trois, puis quatre enfants, la vie est devenue chaotique, et il a dû abaisser ses exigences, ce qui a donné l'idée de Mon combat : diminuer la distance entre littérature et vie quotidienne, la littérature ne devant pas être « quelque chose de sacré ».
Un extrait de Gilles Deleuze sur les « blocs d'enfance » (opposés au « souvenir d'enfance » psychanalytique) lui fait dire que ses livres ressuscitent des blocs d'enfance mais ne sont pas de la psychanalyse ; il aime le concept de « devenir ». Il se dit un adulte qui n'arrive pas à se débarrasser de son côté enfant. Avec le quatuor des saisons (automne, hiver, printemps, été), il compare sa méthode aux Mythologies de Roland Barthes (extrait d'archive de 1957 sur le bifteck-frites, l'abbé Pierre, Einstein) : des textes courts décrivant des objets du quotidien (campings, tuyaux d'arrosage, aires de jeux), inspirés par sa fascination pour les dictionnaires, sans hiérarchie entre les choses (le vomi décrit avec la même délicatesse qu'une église) ; l'exercice est une forme de méditation, « se déprendre de soi pour mieux voir le monde », le contraire de Mon combat mais le même projet d'embrasser le monde par les sens. Un extrait de Michel Serres place le toucher en premier sens ; Knausgård dit que, pour lui, c'est la vue qui domine, mais que la présence est essentielle et que son combat intérieur est contre la pensée qui l'éloigne du monde. Le livre sur Munch part de l'admiration pour les peintres qui font entrer immédiatement dans une œuvre, sur une toute petite surface où beaucoup de choses se rencontrent. Il conclut sur l'éloge de la répétition : exécuter les mêmes tâches au même moment, jour après jour, donne une sécurité et c'est de cette accumulation que naît l'écriture.
Excerpts
“« J'aime les répétitions. J'aime exécuter les mêmes tâches au même moment, au même endroit, jour après jour. J'aime cela parce qu'il en ressort quelque chose, tôt ou tard : cette accumulation d'actions similaires s'affaisse. C'est alors que débute l'écriture. »”
“« J'avais des représentations assez romantiques : l'écriture était une activité solitaire. Je suis allé dans des phares, dans des îles, dans des cabanes en forêt pour être seul, et finalement je n'écrivais rien du tout là-bas. Puis j'ai eu des enfants, la vie devenait de plus en plus chaotique, j'étais obligé de baisser mes exigences vis-à-vis de moi-même. »”
“« Je ne voulais surtout pas qu'il y ait de hiérarchie entre les choses : quand je parle du vomi, je voulais que ce soit décrit avec la même délicatesse que lorsque je parle d'une église ou d'une voiture. [...] C'est un exercice de méditation : se déprendre de soi pour mieux voir le monde. »”