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Dalí, Salvador

peintre

Salvador Dali - Entretien (Couleurs de ce temps)

Artesquieu · Apr 15, 2024

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Core ideas

Dalí refuse d'emblée l'étiquette de « peintre surréaliste », se définissant plutôt, en accord avec André Breton lui-même, comme un peintre « ex-surréaliste » : il affirme qu'aucun peintre surréaliste, lui excepté, n'a véritablement su peindre techniquement, la question du métier ayant été secondaire à l'époque où seul comptait l'enregistrement des images issues de la méthode paranoïaque-critique ou automatique. Il raconte avoir lui-même appris à peindre après coup, en relisant un traité de technique picturale qu'un éditeur américain lui avait commandé. Il présente son évolution vers une « crise mystique » comme la conséquence inéluctable et partagée de l'expérience surréaliste — que les surréalistes eux-mêmes n'auraient pas pleinement reconnue en eux —, la reliant à un parallèle qu'il établit entre la physique nucléaire moderne (qui « montre Dieu » selon lui à travers les processus de matérialisation et dématérialisation de la matière) et la bascule mystique observée, dit-il, chez certains scientifiques modernes comme Einstein, à l'opposé du matérialisme athée hérité des Lumières dont le surréalisme serait, selon lui, l'ultime avatar.

Interrogé sur le désaveu d'André Breton à son égard, Dalí le juge de nature strictement personnelle et de café, rappelant l'ambiguïté originelle de Breton envers la peinture — exclue du surréalisme dans le premier manifeste avant d'y être réintégrée comme simple moyen d'expression, jamais comme fin esthétique. Il illustre l'insensibilité picturale de Breton par une anecdote au Louvre, où celui-ci serait resté indifférent à la beauté d'un Vermeer. Politiquement, Dalí affirme n'avoir jamais appartenu à aucun groupement et n'avoir aujourd'hui aucune position politique active, tout en se déclarant philosophiquement monarchiste par déduction morphologique. Il relativise la fonction de scandale historiquement associée au mouvement surréaliste, affirmant que le véritable scandale contemporain consiste désormais à être mystique et à savoir peindre — position qu'il dit avoir défendue lors d'une conférence à Barcelone au titre provocateur (« Pourquoi j'ai été sacrilège, pourquoi je suis mystique »), et qui aurait suscité un scandale plus grand encore que sa période surréaliste, sans qu'il en fasse désormais une recherche délibérée.

Sur la peinture elle-même, Dalí développe une défense radicale du figuratif contre l'abstraction, qu'il qualifie de simple avatar moderne de l'ancien art décoratif, condamné selon lui à une « dégénérescence » stérile — illustrée par le cas de Miró, dont il juge l'œuvre hybride vouée, à terme, à se réfugier dans la céramique décorative. Il salue au contraire Picasso, dans une anecdote de carte postale où il le remercie d'avoir « assassiné » la peinture académique et moderne, ouvrant ainsi la voie à un retour possible vers les grands classiques (Raphaël, Vélasquez) — évoquant en particulier la découverte picassienne du « côté trouble de la laideur », empruntée selon lui au Douanier Rousseau et poussée à son terme dans la série des portraits de Dora Maar. Il rapporte enfin un échange avec Freud à Londres, qui lui aurait reproché la nature trop manifeste et consciente du mystère dans la peinture surréaliste, par contraste avec l'énigme véritablement inconsciente d'un tableau de Léonard de Vinci ou d'Ingres — un jugement que Dalí présente comme décisif dans son abandon de la méthode automatique au profit de grands sujets théologiques hérités de la Renaissance. Il conclut sur sa prédiction d'une renaissance picturale intégrant à la fois l'héritage surréaliste, cubiste, futuriste et impressionniste, portée par un retour des grands sujets mystiques et religieux qu'il juge seuls capables de sortir la peinture de sa décadence contemporaine, tout en jugeant les dessins d'aliénés précieux comme documents cliniques mais dépourvus de véritable valeur artistique en raison de leur stéréotypie prévisible.

Excerpts

“« Je considère que l'une des choses les plus subversives et en même temps les plus inéluctables qui peuvent arriver à un peintre ex-surréaliste sont : premièrement, avoir devenu mystique, et deuxièmement, savoir peindre. »”

“« J'ai écrit une carte postale à Picasso en lui disant : mon cher Pablo, je te remercie parce que je me rends compte que tu as assassiné non seulement la peinture académique [...] mais aussi toute la peinture moderne, donc maintenant on pourra de nouveau retrouver les grands classiques, peindre comme Raphaël et comme Vélasquez. »”

“« Le reproche que je fais à la peinture surréaliste, c'est qu'on voit ce que je cherche [...] tandis que dans un tableau de Léonard ou d'Ingres, ce qui me préoccupe et me paraît mystérieux, c'est de rechercher précisément les idées subconscientes, le côté caché énigmatique du tableau. »”