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Veyne, Paul

historien de l'Antiquité, professeur honoraire au Collège de France, auteur de « Comment on écrit l'histoire », « Le Pain et le Cirque », « Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ? », « L'Empire gréco-romain », « René Char en ses poèmes »

Paul Veyne - Entretiens (A voix nue)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (une série d'environ deux heures et demie ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

Une passion d'enfance, un « accident ». Veyne refuse le mot « vocation » : sa passion pour le monde gréco-romain est « un accident », né de deux fêlures (une difformité du visage et un sentiment d'être en marge, une « horreur de la mort » précoce) et de deux chocs (un tesson d'amphore trouvé à huit ans à Cavaillon, une page de « Salammbô » en sixième). Mordu d'archéologie, écolier buissonnier au musée de Nîmes, il entre à l'École normale supérieure dans le contexte des Annales, de l'alpinisme comme « croisade » et du communisme (dont il se détache). Il se dit marqué par Foucault (« les dernières pelures d'oignon ») : l'histoire ne se déroule pas selon un sens hégélien, le Pouvoir avec un grand P « n'existe pas, ça s'émiette », ce que montre sa notion d'« intrigue » plutôt que de récit.

La croyance. Il distingue les croyances qui sont de simples évidences, les croyances de coutume (on croit ce que dit la société) et les investissements d'autres sentiments dans une religion (ressentiment) ; on peut croire plusieurs choses à la fois (le Père Noël, le parti communiste malgré le goulag). Chez les Grecs, la croyance aux dieux « va de soi » : on les engueule, on les prie familièrement, les historiens signalent les prodiges par un « on dit que » ; les mythes sont de la littérature orale de divertissement, non une métaphysique, et les intellectuels n'y croient pas tout en respectant les convenances. Les Grecs ne disent pas qu'ils croient, contrairement au chrétien, dans une religion qui s'affirme.

Démocratie, Socrate, Platon. La démocratie athénienne est une démocratie directe d'un petit nombre d'hommes (hommes libres, avec les femmes et les esclaves exclus), avec tirage au sort et indemnités, qui ne fonctionne que par un respect sacré de la « règle du jeu ». Socrate, condamné par un groupe qu'il compare à des « fascistes », refuse de s'évader par soumission aveugle à la loi (selon Veyne, Socrate ne distingue pas la cité de la loi) ; Veyne dit ne pas pouvoir l'admirer « éperdument » (démon, superstition), et attribue à Socrate l'invention de la transcendance, à Platon une théorie de l'oligarchie sans souci du sort des gens, tout en reconnaissant leur « école de raisonnement abstrait ».

Rome et la Grèce. Contre le récit scolaire, il soutient que Rome n'a pas asservi la Grèce : les Romains, forts de leur mobilisation militaire, ont adopté la civilisation grecque comme butin (rhétorique, philosophie), les Grecs gardant morgue et supériorité (l'empire byzantin comme héritier). Il décrit l'aristocratisme romain, la mort ostentatoire (tombeaux), l'évergétisme (les riches offrent monuments, pain et cirque pour légitimer leur domination, comme un roi au « geste large »), les gladiateurs (volontaires, « rock stars », il explique le goût de la cruauté par un goût du macabre et une morale seulement coutumière, adoucie par la morale théorique du christianisme), la place des femmes romaines (plus libres que les grecques), les empereurs romains (les deux tiers morts de mort violente, une classe dirigeante sans « foi ni loi ») et l'état policier.

Amitiés et transformation de soi. Il lit Foucault (« je ne me soucie aucunement du statut universitaire de ce que je fais, mon problème est ma propre transformation ») comme une « prière » qui guérit l'horreur de la finitude, et décrit son amitié avec Michel Foucault et sa relation difficile avec René Char (un poète exigeant qui n'aimait pas la dévotion, qu'il visitait tous les mercredis sans pouvoir prendre de notes), son livre sur Char (poèmes lus comme une expérience extatique), la mort de Foucault et un poème que Char lui offre. Il évoque, avec retenue, la mort de son fils Damien, à qui son dernier livre est dédié, et de ses amis (sida, accidents), et son projet d'étudier une statue grecque de baigneuse frileuse.

Excerpts

“« Pour moi, je me suis passionné pour le monde gréco-romain : ce n'est pas une vocation, c'est un accident. [...] Il s'agit vraiment d'accidents psychiques qui ne méritent pas le terme d'investissement. »”

“« L'attitude la plus normale chez tous les humains est de croire ce qui se dit. Le serviteur croit à l'existence de Pékin où il n'est jamais allé : on ouvre un livre de géographie, et il affirmera que Pékin existe. »”

“« Le pouvoir, avec un P majuscule, ça n'existe pas : ça s'émiette entre des tas de choses à expliciter, et c'est fondamentalement ce que j'ai appris de Foucault. »”