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Foucault, Michel

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Michel Foucault - Entretien (Folie et raison) dans "Thème et controverses"

Artesquieu · Mar 14, 2023

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Core ideas

L'émission part de la préface de Foucault : la constitution de la folie en maladie mentale à la fin du XVIIIᵉ siècle serait le constat d'un « dialogue rompu » entre la raison et la déraison, l'homme raisonnable s'occupant du fou à travers le « monologue de sa raison ». Foucault nuance : le dialogue n'est pas « entièrement et définitivement rompu », car il n'aurait pas pu écrire ce livre si des œuvres « particulièrement flamboyantes de fous » (Nietzsche, Van Gogh, Roussel, Artaud) n'avaient traversé la culture occidentale ; depuis le rationalisme classique, quelque chose d'essentiel est entré dans le silence, mais des éléments du dialogue sont revenus depuis un siècle. Interrogé sur Freud, il juge la psychanalyse ambiguë : elle rétablit un langage commun à la folie et à la raison, comme Nietzsche ou Artaud, mais ce dialogue reste « coupé » (en cure, l'un des deux ne parle pas, le médecin est réduit au rôle de spectateur) et hérite de la structure asilaire, par le transfert (mime, procédés quasi magiques).

Sur l'histoire, Foucault situe un changement à la fin du Moyen Âge : la peur de la mort (la peste, les danses macabres) laisse place, à la fin du XVᵉ et au XVIᵉ siècle, au thème de la folie, qui « vit d'une façon aussi libre » dans le théâtre baroque, la peinture, les fêtes ; la folie a alors une valeur de révélation (Érasme, le fou en rapport avec le sacré, la possession qui n'est pas vécue comme folie), puis la coupure du XVIIᵉ siècle (le « grand renfermement ») exclut les fous dans la société rationalisée. Il propose que la folie ait pris la relève de la lèpre à la fin du Moyen Âge, la disparition de la lèpre ayant laissé vacante la grande mythologie du mal, et rappelle que les premiers asiles pour fous ont été établis là où se trouvaient les anciennes léproseries. La folie n'a été reconnue que tardivement comme maladie (à l'Hôtel-Dieu de Paris, trois ou quatre lits pour les fous « violents » au Moyen Âge ; une médicalisation de tout un domaine flottant de « vapeurs » et de maladies des nerfs au XVIIIᵉ siècle), et la possession a été classée comme maladie sous l'influence des protestants puis des médecins, parfois à l'initiative de l'Église.

À la suggestion d'un interlocuteur que la folie serait « l'absence d'histoire » (l'œuvre qui ne passe pas dans le temps, que l'histoire ne reconnaît pas), Foucault précise qu'il a voulu isoler un domaine, celui des œuvres « mortes » que l'histoire ne peut pas valider ; il oppose à l'idée moderne du sens de l'histoire comme arrachement une thérapeutique ancienne de la contemplation du nécessaire, avec des mises en scène thérapeutiques (un malade qui se croit mort et refuse de manger est guéri par un médecin qui lui joue une scène d'enfer où des diablotins mangent de bon appétit, et Huxley qui préconise de rappeler aux fous « la nécessité du monde » avec des moyens modernes). Il évoque la méthode d'un médecin français du milieu du XIXᵉ siècle où l'on assénait une exhortation morale sous une douche glacée douloureuse (« à la fin, le malade était convaincu »), dévoyant ainsi la raison en punition. Il conclut qu'au cœur de toute civilisation il y a une option fondamentale entre raison et déraison, comme Lévi-Strauss a montré pour la prohibition de l'inceste entre nature et culture ; que la psychologie positive est née d'une réflexion sur la folie (débilité, perversions, délire) ; que l'expérience moderne de la folie est « commandée par la structure bourgeoise et économique » (les grandes réorganisations coïncident avec le mercantilisme du XVIIᵉ siècle, la première révolution industrielle, et la psychanalyse avec la seconde) ; qu'une technocratisation des rapports entre raison et déraison est à craindre (pharmacopée analgésique, asile devenu hôpital « tranquille ») sans que la raison l'emporte nécessairement ; et que « si la nuit n'existait pas, le jour serait très pâle ».

Excerpts

“« Je n'aurais pas pu écrire le livre si le dialogue avait été entièrement, totalement et définitivement rompu. Il me semble qu'effectivement depuis le rationalisme classique, quelque chose d'essentiel dans le dialogue entre la folie et la raison est entré dans le silence. Pourtant, depuis un siècle peut-être, quelques éléments du dialogue sont revenus à la surface : je n'aurais pas pu écrire ce livre si certaines œuvres particulièrement flamboyantes de fous n'avaient traversé le ciel de la culture occidentale. »”

“« La disparition de la lèpre a laissé en quelque sorte vacante toute cette grande mythologie du mal que le Moyen Âge avait trouvée d'une façon si vivante, et effectivement il semble que la folie ait pris la relève de la lèpre. La meilleure preuve, c'est que les premiers asiles pour les fous ont été institués aux endroits mêmes où il y avait autrefois des léproseries. »”

“« Je pense que, au cœur de toute civilisation, il y a une certaine option fondamentale entre la raison et la déraison, entre le bien et le mal. De même que Monsieur Lévi-Strauss a pu montrer que le choix de la prohibition de l'inceste était au fond ce qu'il y avait de plus fondamental dans une société, à la limite de la nature et de la culture, on pourrait dire de la même façon que, pour les cultures, le choix entre raison et déraison est probablement ce qu'il y a de plus originaire. »”