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Lévi-Strauss, Claude

ethnologue, professeur au Collège de France

Claude Lévi-Strauss : Entretien (Le métier d'ethnologue)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (une conférence d'environ vingt-cinq minutes ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres, les peuples et les chiffres ; les passages incertains sont omis ou hédgés)

Core ideas

Une science née des « résidus » et de la fin du monde fini. Lévi-Strauss situe l'essor public de l'ethnologie après la Seconde Guerre mondiale, quand les régions les plus reculées (Okinawa, Port-Moresby, l'Assam, la Birmanie) sont devenues familières et que les lignes aériennes ont fait des îles du Pacifique, du Groenland ou de la Nouvelle-Guinée de simples escales : le globe est devenu un « monde fini », et l'ethnologie se serait consacrée aux derniers « interstices de liberté ». Il décrit la discipline à ses débuts comme un travail de chiffonnier, ramassant les débris et résidus laissés de côté par les grandes disciplines classiques (histoire, archéologie, littérature, morale, philosophie), qui cherchaient chez les autres peuples des points de contact, alors que, avec Rousseau, il faut d'abord saisir les différences pour « comprendre l'homme ».

Les « futilités » qui permettent de comparer. Ces résidus se sont révélés plus importants que prévu : la répartition du travail entre les sexes (qui fait la poterie, tisse, cultive ?), les règles de résidence après le mariage, la distinction des cousins parallèles et croisés (et les mariages permis ou interdits comme incestueux), les interdits alimentaires (le lait pour les Chinois, le poisson pour certains Indiens d'Amérique, etc.) sont des faits d'apparence bizarre mais « étonnamment comparables » d'une société à l'autre. Ils permettent de classer la diversité des sociétés avec un ordre comparable à celui introduit par les zoologues et les botanistes. Lévi-Strauss cite l'Afrique fantôme de Michel Leiris, où l'ethnologue présente aussi ses épreuves matérielles et morales, au point que le terrain devient un « fantôme » toujours inaccessible.

La disparition des peuples étudiés. Il insiste sur la vitesse de l'effondrement des populations (chiffres cités de mémoire et partiellement déformés dans le transcript) : en Australie, quelques centaines de milliers d'Aborigènes au début de la colonisation, tombés à une poignée de dizaines de milliers, entre missions où les sexes sont séparés, sites miniers où règnent mendicité et prostitution, et sites d'essais de fusées ou d'explosions atomiques ; en Nouvelle-Guinée, arrivée de maladies (paludisme, tuberculose, lèpre, etc.) avec le travail forcé dans les mines et plantations ; au Brésil, des tribus éteintes entre 1900 et 1950 (les Kaingang, les Mundurucu, et d'autres noms déformés). Il décrit l'effet des maladies importées (une rougeole décimant un village, témoignage d'un observateur sur des malades fuyant dans la forêt) et les effets indirects : un système matrimonial rigide, fondé sur deux moitiés qui s'épousent, ne résiste pas à l'effondrement démographique. Il évoque enfin Ishi (nom déformé dans le transcript, mais reconnaissable à l'histoire), « dernier Indien sauvage » des États-Unis, découvert en 1911 près d'Oroville et mort en 1916 comme concierge à l'université de Californie, et note que de tels événements peuvent encore se reproduire (un petit groupe de l'âge de la pierre trouvé quelques années plus tôt dans l'État du Paraná).

Défiance des peuples indépendants et nouvel usage de l'ethnologie. Pour les peuples nombreux et vivants (Afrique, Andes, Asie du Sud-Est), il note un autre danger : ceux qui accèdent à l'indépendance voient dans l'ethnologie un reliquat de la domination coloniale, qui les traitait en objets, et tendent à refuser d'être des « sujets d'étude ». Il ouvre des pistes d'adaptation : aux États-Unis, des ethnologues et archéologues sont engagés par des conseils tribaux pour établir des revendications territoriales (prouver l'occupation ancienne de terres devenues pétrolifères ou urbaines) ou pour défendre le culte du peyotl, que les églises indigènes ont fait légaliser devant un tribunal du Nouveau-Mexique en prouvant qu'il n'est pas un stupéfiant générant l'accoutumance (il rappelle que Henri Michaux a expérimenté la mescaline).

Une discipline pour comprendre aussi nos propres sociétés. Il conçoit l'ethnologie comme un « effort d'explication par le dedans » (en renvoyant à Sartre), qui pourrait devenir de plus en plus nécessaire pour comprendre les sociétés modernes, par exemple le matriarcat apparent des milieux ouvriers anglais (des jeunes couples s'installant près des parents de la femme). Située entre sciences humaines et naturelles, entre sciences sociales et morale, elle engage « l'individu tout entier » ; il cite Kroeber, mort quelques semaines plus tôt, pour qui l'anthropologie était « une sorte de religion », formule peut-être excessive, mais qui permet de surmonter l'opposition entre culture scientifique « desséchante » et humanités classiques. L'ethnologie serait ainsi « la discipline d'où naîtra la sagesse de l'homme de demain ».

Excerpts

“« Toutes sortes de laissés-pour-compte de résidus de débris. »”

“« Il faut d'abord saisir les différences. »”

“« L'ethnologie et peut-être la discipline d'où naîtra la sagesse de l'homme de demain. »”