Andreou, Katerina
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (transcription automatique correcte sur l'ensemble, avec quelques déformations de noms propres et de passages parlés)
Core ideas
Caroline Gillet ouvre l'épisode par la pièce A Kind of Faith de Katerina Andreou (gestes appris, mécaniques, puis libérés, avec des réminiscences de danses traditionnelles), qui interroge le libre arbitre et le seuil entre autonomie et autorité. Elle part ensuite de l'histoire familiale de la chorégraphe pour comprendre la crise grecque : le père de Katerina, aîné de cinq enfants, a grandi dans un hameau de montagne du nord du pays, sans électricité ni eau courante jusqu'aux années de son enfance (corvées d'eau, chemins tracés à pied) ; son grand-père, gardien de frontière pendant la guerre civile, a marché 20 km dans la neige avec son fils malade sur les épaules pour le sauver, au risque de sanctions de sa hiérarchie. Le père est devenu avocat, la mère (venue du sud) s'est installée avec lui en banlieue d'Athènes en 1978 ; Katerina, avec ses deux sœurs et son frère, a grandi dans cette génération qui a connu un enrichissement rapide, l'accès au savoir, l'euro, et des parents qui poussaient leurs enfants vers des métiers « nobles » (médecin, avocat). Elle a fait des études de droit, puis a quitté le métier d'avocate (elle n'aimait pas le rapport aux clients) pour entrer à l'école supérieure de danse d'Athènes (25 reçus sur 300), a vécu cela comme une « descente de classe » libératrice, puis est partie en France (master au Centre national de danse contemporaine d'Angers).
La crise grecque apparaît dans sa vie par des rumeurs de coupes budgétaires avant 2009, puis par les contrôles de capitaux (retraits limités à 60 euros par semaine pour ses parents) ; des amis ont perdu leur travail et hésité à partir. Elle aide sa famille à distance (études de son frère, médicaments), dit que « l'Europe » est devenue pour beaucoup synonyme de punition, craint de voir son pays devenir un décor de tourisme (centre d'Athènes vidé par les locations Airbnb) et ne veut être ni porte-parole ni nostalgique. Un journaliste grec, Thomas Papaioannou, juge que « rien ne va changer » malgré la sortie de la tutelle, puisque les retraites et les taxes continuent de baisser et d'augmenter ; il crédite pourtant la troïka d'avoir limité la corruption mais note que la population « paye pour les péchés de certains » tandis que l'oligarchie et la justice n'ont pas été réformées. Un rappel économique évoque les réformes de retraite, la baisse d'un tiers des effectifs publics et du smic de 100 euros. Charlotte Geiger, Allemande qui travaille à Bruxelles pour une ONG de régulation financière, dit avoir honte de la politique allemande envers les Grecs, estime que l'on a mal expliqué la crise aux citoyens allemands (« les Grecs n'ont pas bien travaillé ») et que le vrai problème est l'absence de politique fiscale commune à une monnaie commune, tandis que Jean-Claude Trichet rappelle les déséquilibres (15 % de déficit budgétaire et de la balance courante) d'avant-crise.
À la fin, Katerina Andreou dit que ce qui a manqué à sa génération est la capacité de faire des projets (« un droit, celui de faire des projets »), alors que ses parents ont vécu une ascension suivie d'une descente, mais que sa famille estime le pire passé, même si l'on craint une « deuxième vague ». L'épisode annonce ensuite un portrait consacré aux banques et à l'année 2008.
Excerpts
“« Jusqu'à l'âge de huit ans, on n'avait pas d'électricité, on n'avait pas d'eau, donc il fallait chaque fois aller chercher l'eau à la source, et ça devenait l'activité principale de la journée. [...] Il n'y avait pas de routes : c'était vraiment traverser le paysage pour aller d'un côté à l'autre. »”
“« Chacun ne pouvait pas faire une petite projection pour le futur. [...] C'est un droit, celui de faire des projets. La génération de mes parents a vécu une immense pauvreté, puis cette croissance incroyable en savoirs, éducation, carrière, argent, et ils ont vécu aussi la descente. »”
“« C'est beaucoup plus lié au fait qu'il n'y a pas de politique fiscale européenne : d'avoir une monnaie sans avoir un système fiscal commun, cela ne peut pas fonctionner. Après, de blâmer les uns contre les autres, c'est une tactique qui ne montre pas le vrai problème. »”