Cocteau, Jean
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Core ideas
Cocteau explique qu'il est difficile de définir le métier d'auteur de films, car « tout va changer » : le cinématographe est un art très jeune (une cinquantaine d'années, ce qui est très jeune pour un art), et il compare la situation à celle d'un art qui en est encore aux « règles d'Aristote ». Il croit au rôle futur du 16 mm, qui, une fois synchronisé et sonorisé avec de bons contretypes, permettrait de faire un film de cinquante millions pour cinquante mille (selon ses mots, montants approximatifs dans le transcript), ce qui poserait un problème aux producteurs ; il rappelle qu'il compte l'utiliser dans un avenir proche pour des expériences analogues à celle du « Sang d'un poète », qu'il avait pu tourner parce que Charles de Noailles lui avait donné un million, somme alors considérable, alors que personne d'autre n'en avait les moyens (le film est devenu un classique, mais à l'époque il faisait beaucoup rire).
Interrogé sur la continuité entre son œuvre écrite et cinématographique, il répond qu'il s'agit d'une différence de nature : au cinéma, il ne s'agit pas d'illustrer un texte mais d'écrire en images, le porte-plume étant le cameraman, et le montage étant le style, de sorte qu'un film tourné par un autre et monté par un autre n'est pas de lui. Pour l'adaptation de ses pièces, il dit qu'il fait de chaque chose une expérience à part : « L'Aigle à deux têtes » est un film inspiré de la pièce ; pour « Les Parents terribles », il a voulu montrer que la pièce pouvait être vue de près par un spectateur, la caméra concentrant les acteurs « sous la loupe », au point que les acteurs ne se reconnaissent pas dans le film, qui devient plus intense. Pour ses projets, il prépare un film inspiré d'« Orphée » (il décide de le faire complètement différent de la pièce, qu'il garde comme « petit bloc ») et diffère le tournage, car il juge l'époque « extrêmement dangereuse » : les producteurs se précipitent sur les gros tirages, alors qu'au cinéma on a commencé par l'envers de la librairie (les grands romans-fleuves) au lieu de commencer par les petites revues et les petits tirages où les grands auteurs font leurs armes ; il espère qu'un ordre finira par sortir de ce désordre.
Excerpts
“« Il ne s'agit pas d'illustrer un texte avec le cinématographe, mais d'écrire en images : c'est une écriture cinématographique, une écriture. Le porte-plume, c'est le cameraman, et c'est moi. [...] Le montage, c'est le style. »”
“« Le cinématographe est très jeune pour un art [...] et je crois que nous en sommes aux règles d'Aristote. Tout est en train de changer. »”