Rambert, Pascal
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (transcription automatique par endroits très approximative ; l'essentiel de la synthèse porte sur Rambert, les deux séquences annexes sont résumées en une phrase)
Core ideas
Rambert explique l'abondance de sa production par la joie d'être vivant : il fait entre huit et dix créations par an, dispose d'un agenda rempli jusqu'en 2024, et pense à Jean-Luc Lagarce, qui n'a pas connu ce temps où ses pièces sont enfin éditées et jouées (il publie lui-même la plupart de ses textes aux Solitaires Intempestifs). Il retrace ses débuts à Nice : poète publié à quinze ans dans des revues de poésie (dont celle de Julien Blaine à Marseille), il crée une compagnie, le Théâtre en bandoulière, à seize ou dix-sept ans, avec ses camarades de classe auxquels il donne ses textes et qu'il place devant la lumière de la fenêtre. Il hésite entre devenir professeur de philosophie et le théâtre, et dit que Clément Rosset, son professeur à la faculté de Nice, l'a encouragé à continuer ; l'arrivée de la gauche en 1981 et la décentralisation théâtrale (il cite Claude Régy, les spectacles du Campagnol, ceux du Grand Magic Circus, puis Einstein on the Beach en 1980 qu'il retourne voir chaque soir) ont forgé son œil : il conseille aux jeunes de lire, regarder, écouter, visiter les musées.
Une archive d'Antoine Vitez (sa Mouette, 1984) lui sert de point de départ : il se dit élève de Vitez à l'école de Chaillot, sans diplôme, avec des cours « tous les matins », et retient de lui que le théâtre est convention, que « tout est code » : le réalisme n'est pas plus réel que le formalisme. Il dit admirer le théâtre russe, qu'il a pratiqué au Théâtre d'Art de Moscou, où une vieille actrice avait encore « la Mouette dans le corps » ; il parle de la mémoire des grandes maisons (Piccolo à Milan, Thalia Theater à Hambourg, la Comédie-Française) qui traverse les corps. Un autre extrait, de Jean Vilar sur le premier Festival d'Avignon, introduit son passage au T2G de Gennevilliers (2007-2016), qu'il a dirigé : il ne veut plus diriger un lieu ou un festival, préférant son indépendance de travail dans le monde entier. Il constate que Vilar et Vitez sont morts tous deux à 59 ans, par épuisement d'un métier d'amour.
Sur Clôture de l'amour (Avignon, 2011) : pièce de deux monologues d'une heure sur une rupture, jouée en France par Audrey Bonnet et Stanislas Nordey, qui a eu 26 traductions et été montée plus de vingt fois dans le monde (12 versions étrangères mises en scène par lui, 14 par d'autres) ; il en fait environ une version par an (la prochaine en basque à Bilbao, la dernière au Caire), attribue le succès d'abord aux acteurs (des producteurs ne parlant pas français l'ont vue dès le premier soir comme des corps et une énergie tendue) et dit que son travail est devenu « une façon de vivre » : écrire, répéter, tous les jours. Il note l'importance du corps (le sport, la danse, la sexualité) dans ses textes, l'importance de ses collaborateurs (l'éclairagiste Yves Godin, les costumes, la musique) pour Trois annonciations, pièce à trois actrices (en italien, espagnol et français) dont il parle comme d'« un objet plastique très fort ».
Pour l'écriture, il revendique le monologue et l'adresse, une libération par rapport au « réalisme du salon » (Claude Régy, Thomas Bernhard, dont il admire la phrase mais s'est écarté très tôt, car il « était dans un fleuve trop puissant »), et se distingue de Martin Crimp qu'il admire mais dont il dit être l'inverse : « ma vie, c'est une phrase », une seule ligne continue depuis l'adolescence. Ses textes récents n'ont plus de ponctuation ni de majuscules : c'est, dit-il, une « proposition de liberté » qui fait des acteurs presque des co-créateurs, le sens pouvant changer selon l'endroit où l'on s'arrête, car il fait « un métier d'interprétation » (il interprète le réel, lui donne forme, puis le livre à la bouche des acteurs). Il ne dirige presque plus d'acteurs, écrit tout dans le texte, accepte entre cinq et dix propositions de mise en scène par semaine sans demander de dossier, et dit être resté « derrière » en auteur « mort » quand son ami Arthur a monté Mes frères (il n'a assisté à aucune répétition). Il décrit sa vie : lever à 6 h, une heure de yoga, écriture jusqu'à la répétition à 13 h, aucune musique pendant l'écriture, des espaces neutres (hôtels, locations), et une écoute fréquente du passage de Così fan tutte de Mozart (« mélancolie active »). Il aime la langue française « physiquement » : à l'étranger, il finit toujours par tomber sur un livre de Proust. Interrogé sur l'opéra (qu'il a mis en scène en France et aux États-Unis), il dit préférer travailler avec les chanteurs, et ne plus le faire pour le moment. Il conclut sur une blague juive reprise de Carrère : « si Dieu veut faire rigoler, qu'il lui parle de ses projets ».
Excerpts
“« Je fais un métier d'interprétation. J'interprète du réel, je lui donne une forme, comme disait Antoine, et après je le livre dans le corps, dans la bouche des acteurs, et après eux ils interprètent. [...] Pour la ponctuation, ils peuvent décider de s'arrêter là ou après. Si on regarde comment c'est écrit, on voit que le sens peut se transformer en fonction de l'endroit où l'on s'arrête et où l'on reprend la phrase. C'est une proposition de liberté. »”
“« Ma vie n'aura pas été d'écrire des petites phrases très courtes. Ma vie aura été d'écrire une ligne qui se continue depuis que j'ai seize, dix-sept ans et que j'arrêterai lorsque je serai mort. Ma vie, c'est une phrase, en fait. C'est vraiment ça. »”
“« Je reçois entre cinq et dix propositions par semaine et je dis oui. Je ne veux pas être quelqu'un qui dit : donne-moi un dossier en PDF pour voir ce que tu vas faire. Ça ne m'intéresse pas. Mes textes ne m'appartiennent plus : ils sont faits pour être montés par d'autres gens complètement différemment. [...] Je ne suis pas allé voir une seule répétition, je leur ai dit : je suis derrière vous comme un auteur mort. »”