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Guibert, Hervé

écrivain et photographe

Hervé Guibert parle de son roman-photo "Suzanne et Louise"

Artesquieu · Dec 7, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique approximative ; entretien bref, d'environ vingt minutes)

Core ideas

Guibert explique la genèse de Suzanne et Louise, livre sur ses deux grands-tantes (Suzanne et Louise, alors âgées d'environ 85 et 75 ans, qui vivent ensemble dans deux mondes cloisonnés au sein d'un monde très fermé). Il voulait d'abord faire un film sur elles ; l'opposition catégorique des deux femmes à l'idée de faire entrer une équipe de cinéma chez elles l'a poussé à écrire un scénario, puis une pièce à deux personnages (Louise et Suzanne), lue à Avignon, qui le laisse insatisfait : ses amis lui font remarquer qu'il y manque le personnage principal, lui-même, puisque les deux sœurs n'ont de rapport l'une avec l'autre qu'à travers lui et se jouent la « comédie » de leur relation lors de ses visites du dimanche. Il décide alors de les photographier chaque dimanche en entassant les planches-contacts, en pensant faire le film plus tard (après leur mort) avec des actrices ; les photos seraient des « traces », des « preuves » de leur existence. Au bout de six mois, il fait tirer quelques images pour les leur montrer : les deux femmes n'avaient plus de portrait d'elles-mêmes depuis les années 1940 et sont étonnées et intéressées, ce qui devient le point de départ du travail commun.

Le livre est né après une exposition, et réintègre des projets abandonnés : un « simulacre de la mort de Suzanne », que celle-ci propose elle-même et qui est complètement raté ; ils en cherchent ensemble les raisons sur les planches-contacts (« on n'était pas préparé »), et Guibert dépose désormais chaque samedi dans leur boîte aux lettres un petit récit qui sert de scénario de la séance du lendemain. Il tient en parallèle un journal où il note leurs réactions, qu'il réutilise ensuite dans le roman-photo. Il décrit ses photos comme non pas du reportage mais une réalisation « presque littéraire » d'un projet dont les deux femmes sont les « actrices », dans une dimension théâtrale. Le livre lui paraît aujourd'hui un « repérage du film à venir » : il compte le tourner un jour, et ce travail est pour lui une façon de poursuivre en regardant la mort en face (le passage est confus dans la transcription) et de donner aux deux femmes des « motifs d'existence ». Il précise que l'écriture, la photographie et ses autres livres relèvent d'un même travail.

Parmi les séquences marquantes, celle des cheveux : l'une des deux femmes, qui a été carmélite pendant huit ans, s'est promis de laisser pousser ses cheveux à sa sortie du Carmel et ne les a jamais coupés depuis la fin de la guerre, mais les cache entièrement, enroulés en nattes autour de la tête. Guibert, fasciné depuis l'enfance par cette « couronne », a désiré pendant environ deux ans qu'elle accepte seulement de les lui montrer, avant de pouvoir photographier le rituel d'entretien de cette chevelure. Deux passages lus dans l'émission illustrent le livre : une lettre d'amour de Guibert à Suzanne (« je t'écrirai une lettre qui pourrait être indécente ») et l'anecdote d'une lettre que Suzanne cache soigneusement parce que sa sœur ouvre tout son courrier, d'où la conclusion qu'il faudra désormais « se garder de s'écrire ».

Excerpts

“« Ma première idée, il y a six ans, avait été de faire un film sur elles, mais le refus avait été si catégorique [...] Le film, je le ferai un jour, mais après leur mort. [...] Les photos seraient comme des traces à l'intérieur de cadres, comme des preuves de leur existence plus tard. »”

“« La lettre que je pourrais écrire pourrait être indécente : ce serait une lettre d'amour. Il me semble que tu me parles et que je te parle, que nous communiquons bien mieux qu'avec des mots, à travers ces photos, avec le même amour avec lequel je lave tes cheveux [...] Si tu devenais aveugle, je viendrais te lire des livres, et quand tu te sentiras mourir, appelle-moi, je viendrai te serrer dans mes bras. »”

“« Elle a été carmélite pendant huit ans, et au Carmel les cheveux sont rasés. Quand elle est sortie du Carmel, elle a décidé de laisser pousser ses cheveux : elle ne les a jamais coupés depuis, mais elle les dissimule complètement, elle fait de longues nattes qu'elle enroule autour de sa tête. [...] C'était un grand rêve de pouvoir un jour voir ses cheveux, parce que pour elle c'est vraiment la chose la plus secrète. »”