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Bacon, Francis

peintre britannique

Francis Bacon - Entretiens (1975)

Artesquieu · May 10, 2023 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique approximative, certains passages bilingues sont difficiles à reconstituer)

Core ideas

Le journaliste ouvre sur la question « qu'est-ce que peindre ? » posée par l'œuvre de Bacon, qui s'en prend à la figure humaine : première exposition individuelle à la Hanover Gallery de Londres en 1949, à quarante ans, grand succès de scandale (crucifixions, pontifes d'après Velázquez, bouches ouvertes sur un cri, corps sanguinolents sur des divans), puis, à partir du début des années 1960, des thèmes moins provocants et une facture plus « emportée ». Pour Bacon, l'expression qui revient est refaire, recréer les apparences : la difficulté est de faire un portrait « sans en faire une description, sans illustration du sujet » à une époque où la photographie atteint la perfection, de s'éloigner des apparences littérales pour y revenir par un détour. L'art abstrait ne l'intéresse pas parce qu'il aboutit pour lui à la décoration ; la peinture figurative garde toujours le sujet comme « point de référence », même si elle comporte un grand côté abstrait. Il cite comme libérateurs les esquisses à l'huile de Seurat (plus libres que ses grandes toiles) et les autoportraits tardifs de Rembrandt, « très loin de ce que j'appelle l'illustration ».

Il décrit sa méthode comme un tâtonnement « dans le noir » : il n'y a pas de méthode, car dès qu'on sait comment faire on tombe dans l'illustration ; il s'agit d'attraper les accidents, les marques que la peinture donne, souvent faites de façon inconsciente, qui peuvent ensuite ramener le sujet de manière plus exacte (une bouche peut devenir une mâchoire ou « un Sahara », donnant un mouvement et une présence plus vifs). Chaque image en suscite d'autres, chacun l'interprète à sa manière, car la peinture « s'adresse directement au système nerveux » par la couleur et la forme, avant la logique. Il dit que le français, qui lui donne une certaine distance, l'aide peut-être à parler de peinture comme on peint, en « nageant dans le noir ». Il ne se réclame pas du surréalisme (qu'il a connu à son âge) et trouve les surréalistes trop illustratifs, même Magritte, à l'exception de Picasso, qui a tout pris de toutes les époques. Il dit avoir « tout regardé » et que ce qu'il a regardé se mêle comme dans une bétonneuse pour produire quelque chose de nouveau (Picasso, Rembrandt, Velázquez, les peintures préhistoriques, avec une préférence pour les grottes du nord de l'Espagne, aux scènes de combats d'hommes, plutôt que Lascaux). Il admire Marcel Duchamp comme « l'artiste le plus esthétique du XXᵉ siècle », voit dans le Nu descendant un escalier un mélange de cubisme et de futurisme, plus intéressant que les futuristes comme Boccioni, et aimerait obtenir dans une seule image cette succession d'états.

Le journaliste décrit ses figures comme jamais immobiles (une jambe croisée suggère que la personne va se lever ou vient de s'asseoir) : une réalité faite de petits morceaux, de plusieurs moments. Bacon répond que le cinéma et la photographie ont rendu la figuration plus difficile, mais aussi « plus intéressante » : on ne peut, par la photographie, donner à la fois « l'impression ressentie » et le sujet (la bouche et le Sahara), d'où le détour par des moments abstraits. Il avoue détester commencer à peindre, mais en tirer un grand plaisir quand ça marche, travailler d'abord pour lui-même, avoir la chance de gagner sa vie avec ce qui l'intéresse, et vouloir se transformer lui-même. Interrogé sur son évolution, il espère aller vers plus de réalisme, mais « plus loin de ce qu'on appelle le réalisme illustratif ».

Excerpts

“« Mon but est d'attraper les accidents que la peinture peut me donner, et les marques qu'on fait de façon souvent inconsciente peuvent retourner de façon beaucoup plus exacte sur le sujet qu'on cherche à refaire. [...] Si vous vous mettez directement devant votre toile avec un but précis et une méthode, vous faites de la peinture illustrative. Ce n'est pas difficile, maintenant, de faire un dessin de vous, mais simplement en illustration. »”

“« Il faut s'éloigner des apparences littérales, puis revenir aux apparences que l'on choisit. [...] Ce qui est difficile, c'est de donner à la fois l'impression ressentie et le sujet : il faut que la présence ne soit pas abstraite. La chose la plus difficile à faire, c'est le portrait, et c'est presque impossible. Je vais continuer à essayer. »”

“« Je déteste commencer à peindre, mais après quelque temps, quand ça commence à marcher, c'est un grand plaisir, mais ça n'arrive pas souvent. [...] On travaille simplement pour soi-même, et on espère se donner du plaisir à soi-même. [...] Peindre, c'est vous transformer ? Oui, bien sûr : on espère se transformer tout le temps. »”