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Fleury, Cynthia

philosophe et psychanalyste, titulaire de la chaire « Humanité et santé » au Conservatoire national des arts et métiers et d'une chaire de philosophie à l'hôpital (groupe hospitalier Paris psychiatrie et neurosciences

Cynthia Fleury à propos de l'Europe, l'écologie et l'éducation

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (un entretien d'environ 25 minutes qui s'interrompt avant la fin de l'émission ; transcription automatique par endroits déformée, passages incertains omis)

Core ideas

Interrogée sur les élections européennes, Fleury se dit « sans surprise » : la prise de pouvoir du populisme et du souverainisme, d'un « ressentiment » de fond, gronde selon elle depuis le référendum constitutionnel de 2005 ; le temps des peuples paraît court quand il surgit mais est long ; le Brexit a calmé les plus souverainistes en montrant que la sortie est quasi impossible, d'où des demandes de coopération renforcée ou de fédération d'États-nations. Elle note que la poussée écologiste est moins forte que celle du Rassemblement national, la « lame de fond » climatique, portée par les jeunes, n'ayant pas le même niveau d'agir politique, et que la frontière entre droite conservatrice et extrême droite pourrait se briser.

Sur Bruno Latour (« atterrir », la différence entre le monde dont on vit et celui où l'on vit), elle évoque l'idée que nous devons désormais déduire un modèle de croissance d'un modèle de justice et non l'inverse, ce qui est « révolutionnaire » pour ceux qui voient la démocratie comme une invention normative ; elle décrit aussi la puissance climato-sceptique, la post-vérité et la colère sociale (gilets jaunes) comme un problème « existentiel » (les gens n'ont plus de monde où être). On n'est pas prêt à gouverner avec le « souci de la nature » : les élus sont évalués sur le temps court et le visible, d'où la nécessité d'une gouvernance des parties prenantes, d'une pression de la société civile et d'une prise en compte économique (faire payer les externalités négatives par les plus riches).

Elle développe ensuite l'idée que le soin est un humanisme : trois gestes au cœur d'une société (éduquer, soigner, gouverner), les deux premiers étant selon elle paradigmatiques de la démocratie et formant le « gouvernement de soi » (Foucault) ; elle défend une « exceptionnalité » de l'homme non ontologique mais fondée sur la responsabilité, et mentionne l'ouverture du cercle de l'empathie (Frans de Waal). Elle explique l'invisibilisation du soin (naturalisation et féminisation de la tâche, discrétion consubstantielle au soin, théories du care, Axel Honneth), à propos de la grève des urgences en cours, et le fait que bien soigner implique de restaurer chez l'autre une capacité d'auto-soin. À propos de l'affaire Vincent Lambert, elle appelle à rédiger des directives anticipées (13 % des Français l'auraient fait), à promouvoir les soins palliatifs et des unités spécialisées pour les patients en état de conscience minimale, et à la collégialité de la décision, tout en soulignant que la loi permet à la fois de refuser l'obstination déraisonnable et de respecter ceux qui la souhaitent, et que l'État ne peut pas résoudre un conflit familial.

Enfin, elle présente la chaire de philosophie à l'hôpital créée en 2016 (en creative commons, pour que d'autres puissent la reprendre), au sein d'un groupe hospitalier universitaire parisien, avec un « conseil d'humanité » (philosophie, design, psychanalyse, art-thérapie) ; elle dit que les équipes y sont prêtes face à la chronicité des maladies, au « tournant ambulatoire » (80 % du soin porté par le patient), à la place des aidants et à la clinique du rétablissement, et qu'il faut réintégrer les humanités dans les études de médecine, tout en regrettant le manque de temps.

Excerpts

“« Ce qui s'annonçait depuis longtemps maintenant, c'est une vraie prise en compte, une prise de pouvoir par ce qu'on appelle le populisme, le souverainisme, une certaine ère du ressentiment [...] Le temps des peuples est à la fois très court, dans le sens où quand on le vit on a l'impression que ça surgit, mais en fait il est long, et ça gronde depuis ce temps-là. »”

“« Il y a trois grands actes au cœur d'une société : éduquer, soigner, gouverner. Moi, j'ai choisi de m'intéresser plus tôt aux deux premiers : éduquer et soigner sont les gestes paradigmatiques de la démocratie. [...] Gouverner est une sous-question de la démocratie. »”

“« L'invisibilité est structurelle au soin : il y a une forme de discrétion du soin qui est consubstantielle au soin, dans le sens où soigner quelqu'un, ce n'est pas souligner qu'on soigne quelqu'un. On ne soigne bien quelqu'un que quand on fait valoir chez lui une capacité d'auto-soin. »”