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Modiano, Patrick

écrivain

Patrick Modiano : 24h dans la vie de Patrick Modiano

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (un entretien d'environ vingt-cinq minutes ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres et les extraits lus ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

Un Paris intérieur et intemporel. Modiano explique que ses livres se répondent et forment « toujours le même livre », par vagues et ressacs, avec des noms et des lieux qui reviennent d'un roman à l'autre (l'intervieweur parle d'une ville qu'on parcourt à travers toute l'œuvre). Il décrit une impression qui s'est renforcée avec l'âge : tout ce qui a eu lieu continue d'exister, « comme une sorte d'éternel retour », comme ce qui est imprimé sur la pellicule peut toujours repasser ; certains quartiers permettraient de retrouver les gens et les phrases d'autrefois. Il précise que le Paris qu'il évoque n'est pas une nostalgie des années 1950-1960 mais une « ville intérieure » née des impressions de son enfance et de son adolescence. Revoir le 6e arrondissement de son enfance (la rue Dauphine, alors populaire, avec des hôtels meublés) lui fait l'effet d'un animal aimé qu'on aurait fait empailler : les bâtiments sont là, mais « en paille ». Il parle de « fantastique social » pour désigner l'étrangeté de certaines zones de Paris (les Halles, Pigalle, les Champs-Élysées d'alors) et le sentiment de clandestinité d'un jeune sorti seul, la majorité étant à 21 ans.

Une enfance énigmatique et l'écriture comme enquête. Il explique que son enfance fut incohérente (maisons et écoles qui changent, enfants laissés chez des adultes qu'il connaissait mal, parents rarement présents, rendez-vous de son père dans des hôtels), et que cette incohérence lui est apparue après coup comme une énigme : d'où un penchant pour la recherche d'indices, au point qu'il aurait pu écrire des romans policiers. Il cite le seul conseil que lui ait donné son père, « fais attention aux détails », phrase qui l'a poursuivi. Il revient sur « Un pedigree », qu'il présente moins comme une vraie autobiographie que comme un moyen de se débarrasser de « corps étrangers » liés à des souffrances, et dit qu'il a retranché environ la moitié du texte, notamment les choses où il se sentait plus en accord avec lui-même ; il se sent plus proche de l'autobiographie dans ses romans. Il évoque aussi la perte de son frère Rudy, avec qui il partageait cette enfance chaotique, et le dialogue qu'il continue en lui dédiant des livres.

Le travail d'écriture et la « matière noire ». Il dit travailler « à l'aveuglette » : une scène initiale très concrète (une jeune fille dans le métro qui croit reconnaître sa mère en manteau jaune d'œuf pour « La Petite Bijou » ; quelqu'un qui attend une personne vers sept heures du soir près des Grands Boulevards pour « L'Horizon »), puis le vide, des moments de découragement, et un travail de rattrapage « comme quand on glisse sur du verglas » : il supprime une phrase ou un mot pour sauver un passage, assemble des séquences « comme des wagons », ce qu'il regrette parfois car chacune aurait pu nourrir un roman. Dans « L'Horizon », il voulait d'abord écrire tout un roman sur une jeune femme poursuivie par un personnage (Boyaval), « statue du commandeur ». Il évoque la « matière noire » de toute vie : des rencontres brèves, des situations interrompues, des oublis qui laissent pourtant une marque, et le sentiment de menace et d'être « sur le qui-vive » qui se retrouve, inconsciemment, dans tous ses romans. Il explique enfin le passage soudain à la première personne (« toi et moi ») dans un récit à la troisième personne, comme une manière de laisser une liberté aux personnages, qui peuvent « échapper au cadre du livre », puis évoque la place des Peupliers (13e), liée à l'annonce de l'acceptation de son premier livre, et sa sensibilité aux mélanges de saisons (un jour de printemps en hiver) qui donnent une impression d'intemporalité, de « surimpression » des temps.

Excerpts

“« Quand je traverse le 6e arrondissement que j'ai connu dans mon enfance, j'ai l'impression d'un animal empaillé : comme des gens qui ont des animaux qu'ils aiment beaucoup et qui, après leur mort, les font empailler. »”

“« Il y a toujours une scène initiale très concrète [...] et ce qui est embêtant, c'est qu'après je suis complètement dans le vide : c'est un peu comme quelqu'un qui conduit à l'aveuglette. »”

“« À côté de ça, il y a toute une masse que j'appelle la matière sombre : des choses que vous avez oubliées, mais qui ont une marque sur vous. »”