MNEMOSYNEv0.1.2563

Podcasts/Artesquieu/Camus, Renaud

Camus, Renaud

écrivain, auteur du Répertoire des délicatesses du français contemporain, P.O.L, et de son journal chez Fayard

Renaud Camus & Philippe Muray - Entretien (En vivant en écrivant...)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

▶ Watch on YouTube

Coverage note: partial (un entretien d'environ trente minutes dont le début manque ; transcription automatique très déformée, notamment les répliques et l'attribution des propos aux deux invités ; seuls les fils d'argument suffisamment lisibles sont rapportés, les autres omis)

Core ideas

La « festivisation » et l'homo festivus. L'animateur reprend l'une des notions centrales de Muray, l'« homo festivus » : la fête, jadis rupture dans le continuum de la vie quotidienne, tend à devenir le tout de la vie, ce qui abolit la différence entre fête et temps ordinaire et lui sert de métaphore pour analyser une civilisation « hyperfestive ». Muray dit l'avoir identifiée à partir d'un roman de François Taillandier (qui se passe pendant un festival de théâtre), puis développée dans Après l'histoire ; il commente aussi, dans ses chroniques, les préparatifs des festivités de l'an 2000 (un projet de portes sur les Champs-Élysées, modifié plus tard).

Culture, art et espèce. Camus lit une page d'un article de 1995 contre l'équation entre culture et art : la culture serait « une des voies par lesquelles parle l'espèce », qui ne veut que perdurer au détriment des individus ; l'art serait au contraire une négation de la collectivité, comme un acte érotique isolé contre la procréation, et l'école, en enseignant l'art comme jadis l'éducation sexuelle, enrôlerait l'art au service de la collectivité. Il rapproche cette critique du « brouillard lyrique » d'une bienfaisance planétaire où tout art particulier se dissout.

La langue comme révélateur social. Camus décrit son Répertoire des délicatesses comme une sélection de mots et de tournures qui dénonce l'aplatissement de la langue (entre les deux pôles « sympa » et « chiant »). Il y donne une grande importance aux accents (sujet « tabou », où l'on évite les explications sociales ou culturelles en n'acceptant que la géographie), à la prononciation des consonnes finales (« bien parler c'est savoir de chaque mot comment ils se prononcent » plutôt que de prononcer toutes les lettres), à l'usage de « chez » (étendu par la publicité aux firmes), au « bon appétit » devenu obligatoire ou à « bonne continuation », comme indices d'un imaginaire social (celui du restaurateur) et de la perte d'une connaissance intime de sa langue.

Télévision, éducation, romanesque. Muray, qui commente des émissions de télévision, voit dans celle-ci l'un des principaux éducateurs de l'humanité actuelle, (le passage est déformé dans le transcript) ; il cite avec amusement la chronique « Panique à bord » sur une émission de Guillaume Durand. À la question de savoir pourquoi des romanciers écrivent plutôt des chroniques, il répond qu'il faut d'abord « faire un état des lieux » : Après l'histoire décrit les conditions générales (le « fond ») dans lesquelles évoluent les êtres humains, avant qu'un roman puisse les peindre, car « le roman est une désobéissance par rapport aux conditions d'existence » où l'on se trouve : ce qu'il décrit est la manière dont se met en place un dressage ou un conditionnement.

« Totalitarisme du bien », idéologie « sympa », procès de la littérature du passé. L'animateur rappelle qu'il y a une dizaine d'années l'un d'eux décrivait déjà un « totalitarisme du bien » dominant le siècle ; Muray rapproche l'idée de ce qu'il appelle l'idéologie « sympa », « la forme chewing-gum du bien », ce qui va sans dire. Ils évoquent aussi une « grande battue » symbolique contre les écrivains du passé (accusés d'antisémitisme, de misogynie, etc.), la littérature devenant une sorte de musée tératologique et les œuvres étant instruites comme des dossiers criminels. La conversation se mêle de remarques sur la vérité (l'abus de « c'est vrai »).

Excerpts

“« bien parler c'est savoir de chaque mot comment ils se prononcent »”

“« le roman est une désobéissance par rapport aux conditions d'existence »”

“« qui est la forme chewing gum du bien »”