Sepúlveda, Luis
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres ; les passages incertains sont omis)
Core ideas
L'entretien porte sur « Dernières nouvelles du sud », récit mêlant chronique de voyage, nouvelles, portraits et « roman d'une région qui disparaît », fruit de près de quinze ans de voyages en Patagonie avec le photographe argentin Daniel Mordzinski, ami et coéquipier depuis vingt ans. Sepúlveda explique qu'ils n'ont pas voulu d'un reportage : un voyage « comme on doit le faire », avec un billet aller et sans billet de retour, en s'arrêtant partout pour discuter ; les photographies ne devaient ni illustrer le texte ni être illustrées par lui. Il prend peu de notes (un carnet et un stylo) et se fie à la mémoire, qui « filtre » les souvenirs et qui, dit-il, est devenue pour la Patagonie « comme un coffre-fort ».
Il cite deux grands modèles : Ryszard Kapuściński, dont il fut l'ami et qui lui a appris que l'écrivain est « condamné à être la voix de ceux qui n'ont pas de voix », et le Chilien Francisco Coloane, qui fut son professeur (partageant avec lui une « patience dévorante » à transmettre la mémoire collective). Il illustre cette idée avec l'histoire d'un luthier rencontré en pleine steppe, qui cherchait un morceau de bois pour son violon (qui disait avoir fait deux tours du monde et travaillé en exclusivité pour la philharmonie de Berlin, selon la transcription), dont la leçon est la valeur du silence, et celle d'une vieille femme presque centenaire qui fait fleurir tout ce qu'elle touche.
Sepúlveda décrit ce qui disparaît : une culture issue du travail de tous les jours (il « déteste » l'idée d'associer la culture à l'art seul), un territoire parcouru par des gens qui migraient entre les côtes pacifique et atlantique, que les grandes propriétés clôturées de fil de fer barbelé (il cite Benetton parmi d'autres millionnaires) ont fragmenté, un espagnol « lent » et précis né de la rencontre d'immigrés de toutes origines, et le train de Patagonie, devenu attraction touristique après la privatisation alors qu'il était un lieu de rencontre et un service public vital. Il oppose à cela l'« esprit rebelle » patagon (il rappelle qu'Allende y fut toujours élu sénateur) et sa tribune, adressée au président du Chili, contre les projets de barrages. L'archive d'Osvaldo Soriano (1996, qu'il a connu) sur un monde sans normes où l'on change de masque, lue comme encore actuelle en 2012, complètent l'entretien. Il conclut sur la tendresse et la colère qui alternent dans ses mots, et cite une inscription trouvée à Bergen-Belsen (« J'étais ici et personne ne racontera mon histoire ») comme source de tout ce qu'il écrit.
Excerpts
“« Kapuściński m'avait dit : "Toi et moi, nous avons des plans d'écriture tout à fait différents, mais nous sommes condamnés à être la voix de ceux qui n'ont pas de voix." C'était une affirmation terrible et je l'ai faite mienne. »”
“« Je déteste l'idée d'associer la culture à l'art : la culture est le résultat du travail de tous les jours. [...] Ils ont emporté avec eux un concept qui n'existait pas en Patagonie, celui de la propriété, marquée par du fil de fer barbelé. »”
“« Nous avons demandé s'il cherchait quelque chose : il a répondu de la façon la plus déconcertante qu'il cherchait un violon. [...] "Quand est-ce que tu l'as perdu ?" — "Je ne peux pas l'avoir perdu, parce que je ne l'ai pas encore [fabriqué]." »”