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Friot, Bernard

économiste et sociologue, professeur émérite à Nanterre, auteur de « L'Enjeu du salaire », La Dispute

Bernard Friot - Entretien sur le chômage

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (la transcription est assez fidèle ; quelques noms propres et la fin de l'émission sont tronqués)

Core ideas

L'émission s'ouvre sur un tableau statistique : près de 2,87 millions de demandeurs d'emploi en catégorie A en février 2012 (1,41 million en catégories B et C), des chiffres « à n'y rien comprendre » selon les décomptes (Pôle emploi ou BIT), que l'introduction dit déshumaniser une réalité vécue par des millions de personnes. Le reportage d'Annabelle Grelier fait entendre des chômeurs et précaires rencontrés autour de luttes sociales (marche des salariés d'ArcelorMittal vers Paris, salariés de PSA d'Aulnay, jeunes de Montreuil et de Marseille) : le chômage est décrit comme un « cancer », une « vie sans futur », une impossibilité de se projeter ; un ancien intérimaire de vingt ans de missions précaires dit refuser l'« assistanat » et réclamer un travail et une paye ; des jeunes diplômés vivant avec 900 euros, retournant chez leurs parents, se disent une « génération sacrifiée » et dénoncent la stigmatisation par ceux qui parlent à leur place.

Demazière confirme que le sens du chômage change avec la durée (découragement, désespoir à mesure que la recherche se prolonge, mécanisme documenté depuis les enquêtes des années 1930), que les mesures pour l'emploi des jeunes (une vingtaine en trente ans) n'ont pas réduit le chômage, qui frappe surtout les moins diplômés, et que l'idée d'une parfaite « adéquation » formation-emploi est biaisée. Il explique pourquoi les chômeurs sont peu entendus comme force collective : ils sont absorbés par leur situation personnelle, il est difficile de désigner un adversaire, les syndicats s'occupent surtout des salariés en poste, et la stigmatisation (« assistés ») empêche de se revendiquer comme chômeur ; il évoque cependant la mobilisation de la fin des années 1990 et les marches de la faim des années 1930.

Friot estime que le chômage est un « gâchis énorme » sans solution depuis trente-cinq ans parce qu'il ne peut disparaître que si le marché du travail disparaît : tant que ce sont les postes qui sont qualifiés et payés, sans poste on n'est « rien ». Il propose la qualification personnelle et un « salaire à vie » (modèle de la fonction publique et de la retraite, financé par une mutualisation sur le modèle de la cotisation santé), attribué dès 18 ans, avec une carrière salariale sans passage par le chômage, sur le postulat que chacun est capable de produire de la valeur économique (comparé au suffrage universel au XVIIIe siècle). Il juge que les plans « jeunes » depuis Raymond Barre ont été des instruments pour casser le salaire d'embauche (qu'il dit avoir été divisé par deux entre 1971 et 2001) et affirme que le chômage des jeunes avait été présenté de façon exagérée (« un jeune sur quatre » alors que les actifs de moins de 25 ans sont minoritaires). À la question de l'épanouissement dans le travail, il répond que son propos porte sur la sécurité du revenu et l'« horizon infini » des fonctionnaires, non sur le contenu du travail concret.

Excerpts

“« Le chômage, c'est comme un cancer qu'on ne peut pas guérir. Tout simplement, parce qu'il nous ronge de l'intérieur et qu'il nous bouffe toute notre énergie. [...] Nous, on n'est pas des fainéants : on voudrait bien travailler et payer des impôts, pouvoir nourrir notre famille. »”

“« Ce n'est pas du tout la même chose d'être au chômage pendant trois mois, six mois, ou de ne pas parvenir à trouver un emploi pendant une année, deux ans. Quand la durée de chômage augmente, le découragement s'installe, le désespoir s'installe, on n'y croit plus. »”

“« Le chômage ne peut disparaître que si le marché du travail disparaît, c'est-à-dire si ce sont les personnes qui sont qualifiées et non pas les postes de travail. Tant que ce sont les postes qui sont payés, si vous n'avez pas de poste, vous êtes "rien". [...] Nous sommes tous capables de produire de la valeur économique. »”