Eco, Umberto
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Core ideas
Aux Archives nationales. Le reportage « balade aux Archives nationales » fait parler un chercheur d'une quarantaine d'années de fréquentation des lieux, qui prépare l'édition d'un manuscrit inédit de 1659, un « tour de France aristocratique » de l'abbé Le Laboureur accompagnant une grande dame vers les Pyrénées, puis la responsable de la salle de lecture. Elle décrit l'architecture (bois, ciment, lampes vertes individuelles), les règles (un seul carton par table, pas de stylo ni boisson, places attribuées par numéro pour retrouver un lecteur en cas de vol) et la surveillance vidéo qu'elle a mise en place, tout en disant que les lecteurs sont « sympas ».
Le Cimetière de Prague : fabriquer le faux. Eco explique qu'il a bâti son roman autour de la fabrication des Protocoles des Sages de Sion, entamée en France à la fin du XIXe siècle (le texte s'inspire du Joseph Balsamo de Dumas et des Dialogues aux enfers de Maurice Joly), dans un Paris feuilleton. Son narrateur, Simonini, est un faussaire antisémite inventé, petit-fils d'un capitaine Simonini qui aurait vraiment écrit à l'abbé Barruel pour y ajouter « les Juifs » à sa théorie du complot révolutionnaire. Le personnage de Léo Taxil, qui a réellement existé, est un farceur devenu catholique antimaçonnique avant de se rétracter publiquement en 1897 ; le roman est construit à rebours à partir de ce jour.
Faux, fiction et lectures perverses. Eco distingue la fiction romanesque, fondée sur un pacte clair (la « suspension de l'incrédulité » de Coleridge), du faux, qui est un mensonge ; il est plus facile de démontrer qu'une chose est fausse que de prouver qu'elle est authentique. Les faux ont eu des fonctions positives (la lettre du prêtre Jean) et négatives (les Protocoles, qui contribuent à produire l'Holocauste), et même la démonstration d'un faux (la donation de Constantin par Lorenzo Valla, le Corpus Hermeticum par Casaubon) n'empêche pas des gens d'y croire, comme l'antisémite Nesta Webster après le démenti du Times. À ceux qui lui reprochent de donner la parole à un antisémite, il répond qu'on ne peut empêcher les lectures perverses, que ces idées sont déjà en ligne, et qu'il faut se souvenir de la fabrique des préjugés.
Deux antisémitismes, complot et histoire. Il distingue l'antisémitisme théologique (les « pauvres du ghetto » qui ont tué le Christ) de l'antisémitisme moderne né après l'émancipation, qui hait le riche et l'ennemi parmi nous (Rothschild, l'affaire Dreyfus). Il lie le thème à la paranoïa du complot universel d'aujourd'hui (Internet, 11 septembre) et à la répétition des mêmes accusations contre toute minorité (meurtre rituel, cannibalisme). Historien de formation, il dit respecter les contraintes de l'époque, sans anachronisme : « la contrainte a la même fonction que la rime ou le vers » en poésie.
Excerpts
“« il est très facile de démontrer que quelque chose faux »”
“« il y a une grande différence entre la fiction la narrative la fiction romanesque et le faux »”
“« vous ne pouvez jamais arrêter une lecture perverse »”
“« la contrainte a la même fonction qui a dans la poésie la rime ou le verre le pied la quantité »”