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Arestrup, Niels & Rayer, Marie

Arestrup, Niels: comédien

Rayer, Marie: comédienne

(Lecture) Niels Arestrup lit "Bruges-La-Morte" de Rodenbach

Artesquieu · Jun 26, 2024

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Core ideas

Cette adaptation restitue l'intrigue de Bruges-la-Morte, roman emblématique du symbolisme belge où la ville de Bruges — endormie, catholique, austère — fonctionne comme un véritable personnage, en écho au deuil de son protagoniste. Hugues s'est installé à Bruges cinq ans plus tôt, au lendemain de la mort de sa femme, morte au seuil de la trentaine ; il a conservé sa longue chevelure blonde coupée dans les derniers jours de sa maladie, la préservant sous une cloche de cristal posée sur le piano désormais muet, qu'il vient honorer chaque jour comme une relique. Il erre le soir dans les rues et le long des canaux de la ville, cherchant systématiquement dans ce décor mélancolique des « analogies à son deuil », établissant une équation mystique entre l'épouse morte et la ville morte, jusqu'à éprouver le désir d'en finir avec sa propre vie.

Au cours d'une de ces errances, Hugues croise une jeune femme dont les traits, la chevelure couleur d'ambre et le regard aux prunelles sombres reproduisent avec un trouble absolu ceux de sa femme défunte. Il la suit à travers la ville jusqu'à un théâtre où elle entre pour assister à une représentation de l'opéra Robert le Diable : au moment de la fameuse « scène des nonnes », où les danseuses figurant des religieuses ressuscitées se dressent de leur tombeau, Hugues découvre avec stupeur que l'inconnue, nommée Jane Scott, est elle-même l'une des danseuses ressuscitées de la scène — littéralement, à ses yeux halluciné, « sa morte descendue de la pierre de son sépulcre ». Il l'aborde, retrouve dans sa voix un écho bouleversant de celle de l'épouse disparue, et l'installe dans une maison, sans éprouver pour elle un amour véritable mais dans le seul désir de perpétuer indéfiniment ce mirage de ressemblance — fidélité paradoxale qu'il ne perçoit jamais comme une trahison du culte voué à la morte, dont il continue chaque matin à contempler les portraits et la chevelure sous verre.

Cédant à une idée qu'il juge lui-même bizarre, Hugues pousse un jour l'identification jusqu'à faire porter à Jane deux anciennes robes de la défunte, conservées intactes dans les armoires. La scène tourne court : loin de raviver le mirage espéré, Jane, en les essayant avec une légèreté frivole et en dansant devant la glace, produit chez Hugues une impression de profanation triviale, comme la vision d'une ancienne figurante de procession religieuse retrouvée ivre un soir de carnaval. La relation se dégrade ensuite : Jane, lassée des humeurs sombres de Hugues, s'absente, multiplie les mensonges qu'il finit par surprendre grâce à des lettres anonymes, et le couple traverse une crise ouverte. Une réconciliation passagère survient à l'occasion de la procession du Saint-Sang, fête religieuse traditionnelle de Bruges, à laquelle Jane n'a jamais assisté : elle rejoint Hugues chez lui le soir de la procession, mais, indisposée par l'atmosphère austère de la maison, se met à fouiller les pièces avec une désinvolture provocatrice, découvre le coffret de cristal contenant la chevelure sacrée, l'exhume malgré les protestations de Hugues et, par jeu de défi, l'enroule autour de son propre cou en le narguant. Saisi d'une rage incontrôlable où se mêlent le sentiment de profanation, l'accumulation des trahisons soupçonnées et le vertige de la ressemblance bafouée, Hugues tire violemment sur la tresse enroulée autour du cou de Jane, qui s'effondre morte — victime, conclut le récit, de n'avoir « pas deviné le secret » de cette relique.

Excerpts

“« Il l'avait posée sur le piano désormais muet, simplement gisante, tresse interrompue, chaîne brisée, câble sauvé du naufrage [...] il avait eu cette idée naïve, si elle n'eût été attendrissante, de la mettre sous verre, dans un écrin transparent, boîte de cristal où reposer la tresse nue qu'il allait chaque jour honorer. »”

“« Hugues éprouva une commotion comme un homme sorti d'un rêve noir qui entre dans une salle de fête aux lumières vacillantes — c'était elle, elle était danseuse, c'était vraiment la morte descendue de la pierre de son sépulcre, qui maintenant souriait là-bas, s'avançait, tendait les bras. »”

“« Une flamme lui chanta aux oreilles, du sang brûla ses yeux, un vertige lui courut dans la tête [...] il avait saisi la chevelure que Jane tenait toujours enroulée à son cou, il tira sur la tresse qui, tendue, était roide comme le souffle d'une bulle expirant à fleur d'eau — elle tomba morte, pour n'avoir pas deviné le secret. »”