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de Benoist, Alain

essayiste, figure fondatrice de la « Nouvelle Droite » française

Alain de Benoist - Entretien (Qu'est-ce que l'identité ?)

Artesquieu · Dec 18, 2024

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Core ideas

Alain de Benoist part du paradoxe apparent de son livre Nous et les autres : l'identité serait à la fois une notion « vitale » (sans elle, dit-il, on ne sait ni qui l'on est ni comment se situer) et « floue », car multiforme — chaque individu combinant une identité d'état civil, nationale, culturelle, sexuelle, professionnelle, religieuse et politique, dont les facettes ne s'harmonisent pas nécessairement entre elles. Il soutient qu'aucune institution extérieure ne peut hiérarchiser ces identités à la place de l'individu (ce serait, dit-il, un trait totalitaire) : c'est à chacun, par ses choix successifs, de déterminer ce qui prime — illustrant ce point par des exemples volontairement provocateurs (un nationaliste breton se sentant français ou breton en premier, un homosexuel trotskiste plus proche d'un homosexuel du Rassemblement national ou d'un hétérosexuel trotskiste). Il situe historiquement la question de l'identité comme une préoccupation spécifiquement moderne et occidentale, absente des sociétés traditionnelles « de statut et d'ordre » où elle n'était pas problématique : c'est le déracinement moderne — la dislocation progressive des institutions repères (école, armée, églises, partis, syndicats) et la précarisation du travail — qui aurait fait émerger la question, l'immigration n'en étant selon lui qu'un accélérateur et non la cause unique, puisque la crise identitaire se poserait, affirme-t-il, même sans elle.

Il développe ensuite, en s'appuyant sur le concept hégélien de reconnaissance, une défense des identités collectives, des corps intermédiaires et de la démocratie locale, jugeant contre-productif de nier juridiquement l'existence des « communautés » ou des « races » — une identité niée, selon lui, ne disparaît pas mais « fait retour sous une forme crispée, radicalisée ». Il distingue toutefois ce qu'il appelle des revendications identitaires légitimes de ce qu'il qualifie de « fausses identités » ou « identités de confort » : il cite explicitement et rejette avec vigueur les parcours de transition de genre chez les adolescents, qu'il juge relever d'un « caprice » travesti en besoin plutôt que d'une identité réelle, affirme que le sexe chromosomique (XX/XY) demeure immuable quels que soient les traitements médicaux, et qualifie de « criminel » le fait d'encourager des jeunes dans cette voie — position qu'il inscrit dans une critique plus large de ce qu'il nomme la « métaphysique de la subjectivité » heideggérienne, où rien ne serait plus donné d'avance.

Interrogé sur le communautarisme, il affirme qu'une population nationale plus homogène est, selon lui, plus stable et plus gouvernable qu'une population hétérogène, et distingue les communautés qu'il juge bien intégrées en France (communautés asiatique, tamoule, juive) de celles qu'il identifie comme posant, à ses yeux, le plus de difficultés — les communautés qu'il qualifie d'« extra-européennes », originaires d'Afrique du Nord et d'Afrique subsaharienne — un jugement qu'il assortit de l'affirmation, non appuyée sur des données présentées dans l'entretien, que les classes populaires françaises subiraient le plus directement des « pathologies sociales » qu'il attribue à l'immigration, en particulier la criminalité et l'insécurité. Il rejette par ailleurs l'idée de « remigration » massive comme irréaliste. Il consacre une partie substantielle de l'entretien à ce qu'il présente comme un identitarisme de gauche récent — le « néo-racialisme » post-colonial et décolonial — et discute longuement de la figure de Houria Bouteldja, dont il analyse la tentative de convergence entre classes populaires blanches (« beaufs ») et populations de banlieue immigrées (« barbares ») contre un « bloc bourgeois cosmopolite », idée qu'il rattache à Alain Soral ; il juge ce projet voué à l'échec en raison de ce qu'il présente comme une différence « ethnoculturelle » irréductible entre les deux groupes, tout en jugeant « symptomatique » qu'une telle convergence soit recherchée.

L'entretien se referme sur un excursus consacré à la question « qui est juif ? » comme étude de cas sur la complexité de l'identité : de Benoist y expose la règle de filiation matrilinéaire du judaïsme orthodoxe (est juif l'enfant né d'une mère juive, indépendamment du père), qu'il présente comme un exemple de règle identitaire à la fois stricte et historiquement contestée, avant de conclure sur une question plus personnelle — « qui est Alain de Benoist ? » — à laquelle il répond en énumérant ses propres appartenances (français d'origine normande, bretonne et flamande, non chrétien, journaliste et écrivain, hétérosexuel), tout en affirmant que sa propre identité reste, comme celle de chacun selon lui, « problématique et complexe », et qu'il préfère une diversité génératrice de tensions à une uniformité qui rendrait les individus interchangeables.

Excerpts

“« L'identité est vitale parce que si nous n'avons pas d'identité, je dirais que nous ne sommes rien [...] mais en même temps on s'aperçoit que l'identité est floue, parce qu'elle est toujours multifacette [...] il y a deux erreurs à faire : la première, c'est de dire "c'est flou donc ce n'est pas vital", et l'erreur inverse, "c'est vital donc ça ne peut pas être flou". »”

“« Je trouve criminel d'encourager des jeunes, en profitant de la crise générale que tout un chacun connaît à l'adolescence, à s'engager dans cette voie dont ils se repentiront amèrement plus tard [...] quels que soient les traitements médicaux et hormonaux, vous restez toujours génétiquement homme ou femme, vos chromosomes sexuels seront soit XX soit XY. »”

“« Les communautés qui posent le plus gros problème aujourd'hui [...] ce sont les communautés extra-européennes qui viennent d'Afrique, soit d'Afrique du Nord soit d'Afrique subsaharienne. Mais vous avez d'autres communautés qui vivent sur le mode communautaire en France et qui posent infiniment moins de problèmes : je pense à la communauté asiatique, la communauté tamoule [...] et la communauté juive [...] elle est l'exemple même qu'on peut s'intégrer sans s'assimiler. »”