Canguilhem, Georges
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (environ quarante minutes ; sous-titres YouTube automatiques sans ponctuation et sans indication des locuteurs, avec de nombreuses erreurs de reconnaissance ; les positions sont donc décrites par thèse et non attribuées nommément à chacun des quatre invités)
Core ideas
Vérité philosophique et erreur en philosophie. Le débat part d'une formule attribuée à Jean Hyppolite (cité sous la graphie « Hippolyte »), selon laquelle il n'y a pas d'erreur en philosophie, et d'une autre, soutenue par l'un des invités : il n'y a pas de vérité philosophique. Celui-ci précise qu'il ne veut pas dire que le philosophe peut dire n'importe quoi ni que la philosophie est un jeu verbal gratuit, mais que sa valeur n'est pas de l'ordre du vrai et du faux, qui conviendrait à la connaissance scientifique. Aujourd'hui il n'y a de vérités qu'au pluriel et dans la mesure où des sciences en établissent ; le discours philosophique sur ce que l'on entend par vérité ne peut lui-même être dit vrai : « il n'y a pas de vérité de la vérité ».
Totalité, cohérence, essence de la vérité. Face à lui, un autre invité défend que la philosophie porte sur la question de l'essence de la vérité, qui n'est pas du même ordre que les vérités spécialisées des sciences, et la rattache à la question « qu'est-ce qui est ? » ou au « je suis » du cogito : on ne peut pas remplacer « vérité » par « valeur », car la philosophie est le lieu où les valeurs (scientifiques, esthétiques, éthiques) sont confrontées dans une totalité présumée, c'est-à-dire le rapport de l'être de l'homme à l'être. Un troisième rappelle que la philosophie est une lutte contre les « malfaçons du langage », pour la clarté et la cohérence, mais que cette cohérence ne peut rester qu'un idéal formel ; un quatrième lie la question de la vérité à l'idée qu'une science, historiquement, institue le problème du vrai et ses procédures, alors que la finalité de la vérité reste une question philosophique.
La philosophie, centre de totalisation et vulgarisation. Il en ressort l'image d'une philosophie comme « centre de totalisation » de l'expérience d'une époque, qui ne peut plus être une ontologie préalable à l'ancienne ni être enfermée dans des catégories objectives toutes faites. Un critère, discuté, de la grandeur d'une philosophie est sa capacité à passer dans le langage commun (stoïcisme, cartésianisme, impératif catégorique), ce qui suppose une vulgarisation au meilleur sens et un contact profond avec les balbutiements de l'époque. Les invités divergent sur l'usage du mot « authenticité » ou « vérité » pour désigner cette valeur, mais s'accordent sur le fait qu'on ne peut refaire de philosophie comme Aristote ou Descartes et qu'il n'y a pas de progrès linéaire en philosophie à la différence des sciences.
Enseigner la philosophie. À l'enseignement, la conclusion est que l'on n'y fait pas vraiment de philosophie, mais qu'on montre aux élèves la possibilité d'un langage de totalisation. L'animation résume enfin deux accords qui bornent le désaccord : la science est bien un lieu de la vérité, et la question de l'essence de la vérité est proprement philosophique, relevant d'un point de vue de totalisation sur ce que l'homme doit être pour qu'il y ait vérité.
Excerpts
“« la philosophie n'est pas un genre de spéculation dont la valeur puisse être mesurée par le vrai faux »”
“« il n'y a pas de vérité de la vérité »”
“« une lutte pour la clarté pour la clarification pour la cohérence »”
“« je définirais volontiers l'enseignement de la philosophie comme l'enseignement de la possibilité de la philosophie »”