Servais, Olivier
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Core ideas
L'émission part de manifestations contre le port du masque (Paris, Berlin) et de tribunes critiques, face à des épidémiologistes qui avertissent d'une deuxième vague. Didier Lepelletier précise que l'épidémie « n'est pas éteinte » : après un pic en avril en France, le virus recircule et repart à la hausse depuis fin juin, avec 5 000 à 7 000 nouveaux cas par jour sans l'afflux de malades en réanimation du printemps, parce que la population touchée est plus jeune (regroupements festifs et familiaux), qu'on teste davantage et que la prise en charge s'est améliorée ; le discours public est passé des hospitalisations et des décès au nombre de cas positifs. Olivier Servais, coauteur avec François Gemenne d'une tribune dans Le Soir (15 août) qui évoque la peur « irraisonnée » (en citant un personnage américain fantasque des années 1940-50, mort reclus dans des palaces par peur des microbes), explique qu'elle visait le rôle des politiques, non le masque (qu'il défend) : en Belgique, un gouvernement très minoritaire a pris des mesures d'urgence guidées par des experts virologues et épidémiologistes ; les gestes barrières et le confinement étaient justifiés quand on n'avait ni masques ni tests, mais le confinement a eu un « point aveugle » (maisons de repos, où plus de la moitié des décès ont eu lieu) et la gestion de crise (logique de maîtrise) ne peut pas être éternelle : il faut passer à une gestion des risques, où le politique arbitre entre risques (dépressions, burn-out, maltraitances familiales ou infantiles, « risque zéro » n'étant pas un objectif de santé publique, face à d'autres risques comme la biodiversité et le climat).
Sur la communication, Lepelletier reconnaît que la résistance aux mesures est normale, insiste sur la clarté des messages (le port du masque à vélo ou en trottinette dépend du lieu, de la solitude ou du peloton ; ventilation, flux, télétravail) et sur la simplicité de l'argument (« protéger les personnes vulnérables ») ; il rappelle que la pénurie initiale de masques et l'évolution des connaissances (contagiosité des asymptomatiques) ont brouillé le message. Servais critique les mesures unilatérales et changeantes (masque obligatoire dans toute la région bruxelloise puis assouplissement, « bulle sociale » de cinq personnes qui ignore la diversité des structures familiales, la « famille traditionnelle » ne représentant que 27 % des structures), qui font perdre l'adhésion ; il note que les théories du complot sont répandues aussi chez des cadres supérieurs (« complotisme soft », évoqué par Fabienne Brugère d'après un article du Monde) et déplore l'absence d'indicateur européen commun de décès et une compétition entre pays. Il estime que les politiques ont été « paternalistes ou maternalistes » et qu'il faut redonner du sens à la responsabilité des acteurs.
Fabienne Brugère met en avant la prise en compte de nouvelles vulnérabilités (isolement, stress, repli) qui exigent des politiques différenciées selon les territoires et des pratiques inventives ; elle compare la France à l'Allemagne, où une « démocratie sanitaire » (coopération entre État fédéral, régions, hôpitaux publics et privés) a été plus aisée, même si les manifestations anti-masque y ont aussi été importantes. Elle plaide pour redonner leur place aux sciences humaines : la question de la vie ne se réduit pas à la santé biologique, il s'agit de donner un sens à l'existence (Sartre et Beauvoir) et de reconstruire du lien social. Lepelletier plaide pour des stratégies graduées selon le niveau de circulation du virus, pour l'accueil des enfants à l'école (beaucoup ne sont pas retournés en classe après le déconfinement) et pour des indicateurs qui tiennent compte du nombre de tests. Servais conclut sur l'ouvrage collectif d'anthropologues à paraître, Masquer le monde.
Excerpts
“« La période de gestion de crise ne peut pas être éternelle pour une population. À un moment on doit passer de la gestion de crise, qui est une logique de maîtrise, à une gestion des risques, et une gestion des risques, c'est un rôle politique : arbitrer entre les différents risques. »”
“« Si on veut maintenir une acceptation sociale de ces mesures, il faut qu'elles soient pondérées et non contradictoires. Aujourd'hui on était confronté en permanence, tous les deux jours, à des volte-face, soit des politiques, soit des experts. [...] En Belgique, on nous a inventé la bulle sociale de cinq personnes et pas plus par famille. Par famille, ça veut dire quoi ? La famille traditionnelle, c'est 27 % des structures familiales. »”
“« Au début on a voulu gouverner en fonction d'une vulnérabilité face à une maladie, face à une pandémie. Mais ont surgi, avec le confinement et cette pandémie, les peurs, les stress, les replis sur soi, qui vont avec de nouvelles formes de vulnérabilité. [...] Il y a aussi toute la question de l'existence, la manière dont on donne un sens à sa vie, et il ne faut jamais l'oublier, y compris en temps de pandémie. »”