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Varoufakis, Yanis

économiste, ministre des Finances de la Grèce de janvier à juillet 2015, auteur de Conversations entre adultes, Les liens qui libèrent

Yanis Varoufakis - Entretien (La crise continue)

Artesquieu · Oct 23, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique très approximative : les réponses de Varoufakis, probablement traduites en direct, sont parfois déformées ; les passages les plus incertains sont signalés)

Core ideas

À la question de savoir si la crise est derrière nous dix ans après Lehman Brothers, Varoufakis répond que « nous sommes précisément dans la même crise » qui a commencé en 2008 : les banques centrales ont, comme un médecin qui stabilise un malade sans le guérir, injecté beaucoup d'argent pour stabiliser la finance, mais ses effets néfastes continuent sous la surface, dans l'économie réelle et dans la société. Il y voit une répétition des années 1930 : la montée d'un « internationalisme nationaliste » ressemblant à celle du fascisme, avec des élites qui répètent les erreurs de l'époque (il cite Brüning en Allemagne, l'effondrement grec suivi de la montée d'un parti néonazi, puis, selon lui, d'une progression de l'extrême droite en Allemagne, et le gouvernement italien de la Ligue). Contre la thèse d'un ancien vice-président de Lehman selon laquelle la prochaine crise viendra de la dette publique italienne, il soutient que 2008 fut une crise de la dette privée et du secteur financier, présentée ensuite comme une crise de l'État-providence, et que la situation est pire aujourd'hui avec les shadow banks non réglementées ; l'union bancaire européenne serait un « faux sentiment de sécurité » (quand une banque italienne ou espagnole chancelle, ce sont encore les États nationaux qui interviennent), sur le modèle des généraux romains qui proclamaient des victoires après des défaites.

Sur la Grèce, il juge « spectaculaire » l'échec européen dans le traitement de la crise grecque et dénonce le discours selon lequel la Grèce se serait remise sur pied (Juncker et Moscovici ayant célébré la fin de la tutelle européenne) : il cite des salariés qui gagnent moins de 384 euros par mois, un chômage encore élevé et des dizaines de milliers de jeunes qui émigrent. Il évoque la crise migratoire : des demandeurs d'asile enfermés dans des îles grecques « dans des camps » faute de politique européenne commune ; la procédure de sanctions contre la Hongrie votée par le Parlement européen est une bonne chose mais « n'ira nulle part » si on ne règle pas le fond. Interrogé sur le plan pauvreté d'Emmanuel Macron, il juge que l'objectif est louable mais que, dans la zone euro, le gouvernement n'a pas les moyens budgétaires pour lutter contre la pauvreté, d'autant plus qu'il a baissé les impôts des plus riches en espérant des retombées.

Varoufakis plaide pour un New Deal vert européen : combiner lutte contre le changement climatique, le plastique et la pauvreté par un investissement de l'ordre de la moitié d'un trillion d'euros, financé par l'épargne disponible en Europe (« l'argent est là ») que les détenteurs hésitent à investir : problème de coordination, donc problème politique, plutôt qu'absence de ressources. Il explique son engagement avec Benoît Hamon dans la plateforme « Printemps européen » en vue des élections européennes, parce que ces crises (banques, dette, investissement, migrants) exigent une solution européenne ; il reconnaît que la gauche est en échec depuis cent cinquante ans (divisions dans les années 1930, honte après la révélation du goulag), dit qu'elle doit regarder les gens dans les yeux (nourriture, hôpitaux), proposer une banque d'investissement européenne et une réforme des institutions existantes, et répond ainsi, dit-il, au racisme et au désespoir. Sur la démocratie, il la compare à « une fleur très fragile », écrasée à plusieurs reprises mais seule alternative à la fragmentation ; il annonce que Costa-Gavras adapte Conversations entre adultes (tournage prévu en février à Paris). En fin d'émission, interrogé sur sa relation avec Alexis Tsipras (le « frère rêveur » et le « pragmatique » dans l'image de Brothers de Yu Hua choisi par Daniel Cohen), il dit se considérer lui-même comme le pragmatique, et évoque le travail gratuit d'un certain Daniel et de son équipe (apparemment de la banque Lazard, selon la transcription) sur une proposition de restructuration de la dette grecque.

Excerpts

“« Nous sommes précisément dans la même crise qui a commencé en 2008. Toute rumeur selon laquelle la crise est terminée, et que nous sommes en face d'une nouvelle crise, est gravement exagérée. [...] Les banques centrales ont donné beaucoup d'argent comme un médecin utilise un médicament pour stabiliser le malade sans le guérir. »”

“« L'Europe est merveilleuse dans les proclamations de victoire : elle transforme les défaites en victoires, comme les généraux romains qui revenaient à Rome en disant qu'ils avaient triomphé alors que c'était faux. [...] Nous n'avons pas d'union bancaire, mais nous proclamons qu'il en existe une : nous entrons dans un sentiment trompeur qu'on a fait quelque chose, mais on n'a rien fait. »”

“« Aussi longtemps que nous sommes vivants et que nous avons de l'espoir, eh bien, la démocratie est une fleur très fragile, très facile à écraser. Elle a été écrasée à plusieurs reprises, mais en même temps c'est la seule alternative à une fragmentation et une détérioration que nous ne méritons pas. »”